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Suite à l'épidémie de tuberculose et à l’abus de sorcelleries au cours de cette triste période, les Pénitents, une milice sans pitié qui se veut la main armée de Dieu, parcourent toujours les rues. La Reine a-t-elle perdu la tête ou le contrôle ?

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|| Fräulein Ameise ||
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La fourmis
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La fourmis
MessageSujet: || Fräulein Ameise || Mer 4 Avr - 3:47


I. Fräulein Ameise.


• NOM : Von Ameisöfen. Se fait appeler Klein. Il faut croire qu’elle a un peu d’humour. Mais presque tout le monde a adopté son surnom : Fräulein Ameise.
• PRÉNOM : Theresa.
• NATIONALITÉ : Allemande.
• ÂGE : 28 ans.
• SEXE : Féminin.
• ÉTAT CIVIL : Célibataire, asexuelle mais peut-être pas complètement aromantique… Peut-être.
• MÉTIER : Institutrice et "assistante" d’un "inventeur".
• SITUATION FINANCIÈRE : Riche de naissance, mais modeste depuis sa fuite de l’Allemagne.
• OCCUPATIONS/PASSIONS : La mécanique, et un petit peu la sorcellerie, mais c’est un secret…
• GROUPE : Littérature.
• HISTOIRE D'ORIGINE : La Cigale et la Fourmi, Jean de La Fontaine.


II. LES DESCRIPTIONS.


CARACTÈRE


Travailleuse • Déterminée • Intelligente • Obstinée • Solitaire • Passionnée • Débrouillarde • Sévère • Autoritaire • Ambitieuse • Intransigeante • Hyperactive • Disciplinée • Froide • Indifférente • Sèche


La fourmi n’est pas prêteuse, c’est là son moindre défaut.

Que dire de Fräulein Ameise… C’est un cas compliqué que nous avons là, la décrire en seulement quelques mots n’est pas chose aisée. Elle possède ses passions et ses indifférences, ses obsessions et ses désintérêts… L’allemande est une jeune femme pleine de paradoxe, et peu sont capables de réellement la cerner.

Tout d’abord, il y a son nom. Ou plutôt ses noms. Theresa Klein au Royaume-Uni, et Theresa von Ameisöfen en Allemagne… Mais en réalité, aucunes de ces appellations-là ne sont utilisées par qui que ce soit aujourd’hui – ou presque. Pour une raison assez obscure, on l’appelle toujours Fräulein Ameise, même si beaucoup ne savent probablement pas ce que surnom signifie. Elle-même a fini par se dénommer ainsi. Il paraîtrait néanmoins que celui qui lui a trouvé ce pseudonyme est son premier employeur et premier soutien : Arthur Knightley. Comme certains auraient pu le deviner, les mots Fräulein Ameise viennent de l’allemand et veulent littéralement dire Mademoiselle Fourmi. Un pseudonyme qui a du sens en quelque sorte. Après tout, ce dont elle a en commun avec ces insectes n’est pas seulement sa petite taille, mais aussi sa capacité à fournir un travail acharné et inarrêtable, telle une ouvrière.

Fräulein Ameise est un bourreau de travail. Elle a toujours été infatigable et ne s’arrête jamais de réfléchir, d’améliorer ses machines, de courir dans les quatre coins de la ville pour trouver ses matériaux, ou de rester à éveiller à des heures impossibles la nuit tombée… Elle est le genre de femme que l’on doit forcer à se reposer et qui déteste rester inactive. Beaucoup se demandent d’ailleurs où elle trouve toute son énergie à être toujours prête à la tâche. Et si son corps ne bouge pas, c’est son esprit qui ne cesse de carburer. Car oui, Fräulein Ameise, avant d’être professeur – ou même ancienne comtesse – a toujours été une inventrice. Passionnée de la mécanique et des nouvelles technologies, ses connaissances accumulées durant de longues années dans ces domaines ont aujourd’hui fait d’elle une ingénieure hors pair. Néanmoins, ne lui demandez pas trop comment elle a eu les trouvailles de ses inventions. Vous risqueriez de la perdre dans des explications sans fins et peu compréhensibles. Les pensées de Fräulein Ameise ont toujours été quelque peu chaotiques, et elle a tendance à enchaîner les associations d’idées qui ont l’air de n’avoir aucun lien logique entre elles (à l’exception d’un détail qui ne semble évident que pour elle)… Theresa est donc assez douée pour perdre ses interlocuteurs en passant du coq à l’âne ! Elle fait partie de ces gens un peu étranges qui ne sont compris que par eux-mêmes… Pour être honnête, en tant que professeur, elle est parfois médiocre. C’est tant bien que mal qu’elle essaie de rendre son discours compréhensible au reste de l’humanité. Et si elle y arrive la plupart du temps, réexpliquer quelque chose la met toujours en difficulté (en plus de l’exaspérer quelque peu). Être pédagogue n’a jamais été son fort, et en dehors de ses multiples connaissances, un de ses seuls avantages en tant qu’institutrice est son autorité. Ferme, sévère et quelque peu effrayante, Fräulein Ameise impose le respect à ses élèves. Néanmoins, il est clair qu’elle devrait être un peu plus conciliante concernant les progrès de ces-derniers, et non les mépriser lorsqu’ils font des erreurs…  

En réalité, l’inventrice a sans cesse besoin d’être occupée, par n’importe quel moyen. Et elle a du mal à comprendre que les autres n’aient pas la même vivacité qu’elle. Sans être totalement égoïste, elle n’est pour ainsi dire pas très douée avec l’empathie et la communication. Les larmes et les plaintes des autres ne lui font souvent ni chaud ni froid, et elle est encore moins du genre à donner des paroles d’encouragement… L’allemande a l’impression que tout le monde a les capacités de s’acharner comme elle le fait. Ceux qui ne font pas preuve d’efforts et de travail sont d’ailleurs à ses yeux des incapables, des nuisances dont l’univers pourrait bien se passer. Encore plus que les insectes, ceux qu’elle hait par-dessus tout sont les paresseux qui profitent de ce que les travailleurs comme elle leur fournissent. De même que pour elle, la fatalité n’existe pas. Elle ne croit ni à la malchance, ni au cruel destin. A ses yeux, tout le monde est capable de se dépêtrer de ses malheurs, et ceux qui se lamentent sur leur sort l’exaspèrent. « On récolte ce que l’on sème » est une de ses devises favorites. Fräulein Ameise est ainsi, intransigeante envers les autres, mais tout autant envers elle-même. Ses élèves la craignent un peu pour sa sévérité et ses jugements fatidiques. Néanmoins, l’institutrice n’est pas de nature colérique. Et si elle n’hésite pas à dire ses commentaires impitoyables, elle n’est pas du genre à infliger des punitions. Généralement, ses mots rigides et trop honnêtes suffisent. D’ailleurs, beaucoup pensent que Theresa a le sang chaud à cause de son expression froide, son hyperactivité et ses sermons. Mais au contraire, l’inventrice s’énerve plutôt rarement. Il lui arrive d’être exaspérée, embêtée, ennuyée, mais pas réellement courroucée. Elle est même une personne relativement placide, et se complait souvent dans l’indifférence ou le mépris. Mais pas la colère.

En tant qu’institutrice, on la dit aussi très disciplinée. Son langage est plutôt soutenu envers ses élèves – malgré son accent allemand qui ressort de temps à autre – et elle est le genre de femme assez à cheval sur les règles de bienséances. Respecter ses devoirs semble être une de ses valeurs les plus importantes, et elle trouve assez désagréable quand un de ses élèves manque de politesse ou ne soit pas ponctuel. Fräulein Ameise se donne comme responsabilité d’inculquer à ceux à qui elle enseigne les principes fondamentaux de l’étiquette. Mais en réalité, n’est-ce pas un tout petit peu hypocrite de sa part ? Disciplinée, Theresa ne l’est pas tant que ça… Après tout, son obstination est son plus grand défaut tout comme sa plus grande qualité. Abroger les règles quand ça lui chante est une de ses spécialités, mais nous en parlerons plus tard. Et même si entendre Fräulein Ameise dire une injure ou une insulte est chose très improbable, ses phrases sont parfois tournées de telle sorte à ce qu’elles soient tout autant impactantes. Auprès de ses employeurs, elle essaie certes d’être bien plus polie, mais les autres l’ont toujours trouvé froide, voire désagréable… Et pour cause, Theresa a toujours eu du mal à communiquer. Elle n’a jamais cherché à se faire des amis, sans compter que son honnêteté trop marquée et ses discours parfois confus ont tendance à l’éloigner du reste de la populace. Toutefois, elle ne s’est jamais plainte de cette situation et aime penser qu’elle est une solitaire qui se moque bien des émois d’autrui. Mais le problème se pose plutôt dans l’expression de ses propres émotions. Pour elle, ce sont des choses complexes qu’elle a du mal à saisir. De la même façon qu’elle manque d’empathie envers les autres, elle en manque aussi pour elle-même en quelque sorte. Elle ne comprend pas exactement ses sentiments, mais cela ne veut largement pas dire qu’elle n’en a pas. Elle n’arrive simplement pas à les mettre en mot ou à les extérioriser, ce qui lui donne cet air totalement impassible et glacial.

Néanmoins, si l’on peut citer une qualité de Theresa, c’est qu’elle est passionnée. Etudier, découvrir, inventer, expérimenter sont les buts de son existence. Et elle ferait n’importe quoi pour les réaliser. Fräulein Ameise a toujours été d’une curiosité débordante, et elle aime la sensation – la fierté – de comprendre quelque chose d’inattendu sur le monde. Une telle curiosité n’était d’ailleurs pas toujours au goût de ses nobles parents. Mais leurs restrictions n’arrêtaient jamais Theresa. Depuis sa plus tendre enfance, elle fait preuve d’une détermination à toute épreuve. Lorsqu’elle décide de faire quelque chose, Fräulein Ameise va toujours jusqu’au bout de son action. Peu importe si on essaie de l’en empêcher, peu importe si elle a tort, rien ne compte plus que sa curiosité et sa passion déchaînée. Et rien ni personne ne peut lui faire entendre raison. A un tel niveau, on pourrait même parler d’obsession. Même si elle n’a jamais eu besoin d’aller jusqu’à cet extrême, l’inventrice serait capable de tuer si cela est nécessaire au bon déroulement de ses recherches. Pour elle, le Bien et le Mal sont des concepts bien flous lorsqu’il s’agit de satisfaire sa soif de connaissances. Et celle-ci ne possède aucune limite.

Contrairement aux apparence, Theresa von Ameisöfen n’a jamais été quelqu’un de raisonnable. Obstinée et un peu égoïste, la seule chose pour laquelle elle vit est le savoir, au point de braver les interdictions et abandonner sa propre famille. Il y a encore bien des aspects de son caractère que l’on pourrait évoquer, mais cela prendrait des siècles à décrire. Mais malgré ses particularités, Fräulein Ameise n’est qu’une humaine ; étrange, parfois maladroite sur ses émotions, qui ne cherche que son propre bonheur en faisant tout son possible pour ce qui la passionne.


PHYSIQUE


Minuscule. C’est sûrement le premier mot qui vient à l’esprit quand on évoque l’apparence de cette petite femme. Oh oui, petite, Fräulein Ameise l’est. Les hommes et les femmes surplombent généralement son petit mètre quarante sans aucun souci, la dépassant parfois d’une bonne tête. Pourtant, cela ne veut pas du tout dire qu’elle ressemble à une enfant. C’est même tout le contraire, étrangement. D’une certaine façon, elle a l’air même plus vieille et mature que son véritable âge… Sans doute est-ce dû à sa tenue stricte et parfaitement cintrée, son air aigri et son expression intransigeante. Toute son allure rappelle la discipline d’une institutrice. Et c’est une image à laquelle la demoiselle tient énormément. Quand bien même les adolescents dont elle s’occupe seraient parfois plus grands qu’elle, elle les domine par son aura de sévérité. Et ce n’est d’ailleurs pas seulement le cas avec les enfants. Peu de gens osent manquer de respect à Fräulein Ameise, au risque d’en garder un goût amer en travers de la gorge.
C’est pourquoi Theresa n’a jamais été complexée par sa hauteur. Ou presque. Disons que parfois, elle aimerait gagner quelques centimètres afin de ne pas être obligée de monter sur un escabeau pour atteindre certains livres de sa bibliothèque. Mais ce n’est là qu’un aspect pratique, rien de plus.

Ce qui caractérise aussi la dame fourmi, ce sont ses yeux. Leur couleur, d’un bleu royal qui tire légèrement sur le violet selon l’éclairage, est une de ses particularités les plus fascinantes ! Si seulement son atroce myopie ne les cachait pas derrière les épais verres de ses lunettes rondes… Mais Theresa ne peut se passer de ces-dernières au risque de ne plus voir à plus d’un mètre et d’avoir des maux de tête affreux. Une journée sans ses lunettes est pour elle tout simplement impensable.

En dehors de ces points, l’apparence de l’allemande est plutôt banale. Bien proportionnée malgré sa petitesse, son visage n’est pas particulièrement laid comme il n’est pas particulièrement beau – en dehors de ses yeux. Ses cheveux bruns sont aussi très longs et forment d’amples boucles une fois détachés. Mais l’institutrice les porte presque toujours en un chignon tellement serré que peu de gens connaissent ces particularités.

Quant à son style vestimentaire, Theresa s’habille plutôt de manière sobre et pratique, avec des vêtement toujours parfaitement repassés et ajustés toutefois. Mais à vrai dire, son style vestimentaire est plus par contrainte que par goût. Après tout, son salaire actuel est modeste, et ses activités ne conviennent pas vraiment aux robes en soie. Néanmoins, si elle en avait les moyens et l’occasion, elle porterait beaucoup plus de tenues élégantes et de bijoux. Elle a d’ailleurs emporté avec elle dans ses affaires d’Allemagne quelques colliers et boucles d’oreille qu’elle aime particulièrement. Si à la base, elle les avait emmenés pour les vendre en cas de problème, cette idée la répugne quelque peu… Etonnement, Fräulein Ameise est plutôt féminine et raffinée concernant ses goûts. Sûrement un reste de son éducation d’aristocrate. Cela se ressent aussi un peu dans son attitude. Son maintien très droit, ses manières très distinguées à table, son espèce de grâce naturelle… Si maintenant elle s’est habituée à vivre dans un milieu modeste, il faut avouer qu’elle dénotait beaucoup plus à son arrivée en Angleterre…
Bien qu’elle dénote toujours aujourd’hui, mais cela d’une tout autre manière !


III. L'HISTOIRE.


Alors qu’elle avait travaillé pendant tout l’été,
Dame fourmi vit soudain un être vile voulant lui voler
Tous ses efforts et son labeur jusque-là menés.
Or, cette maudite cigale oisive n’avait rien mérité.
L’ouvrière eut donc bien vite fait de la chasser,
Laissant la cigale mourir seule et affamée…



***

- Veux-tu m’épouser ?

La jeune fille ne daigna même pas tourner la tête vers son prétendant, continuant de tracer avec précisions les lignes fines d’un plan complexe. Elle resta même totalement silencieuse, sa concentration totalement absorbée par son nouveau projet. A se demander si elle avait vraiment entendu son interlocuteur. Dans l’atelier secret de Theresa von Ameisöfen, on entendait que le bruit du crayon sur le papier. C’était un drôle d’endroit ; une petite pièce et remplie d’objets du sol jusqu’au plafond. On pouvait distinguer au milieu des plans de machines des dessins de pentagrammes et quelques vieux grimoires. On aurait dit le mélange du bureau d’un ingénieur et d’une sorcière. Très particulier donc. A se demander comment la jeune fille s’était procuré tout ce matériel sans que ses parents n’en sache rien… Theresa von Ameisöfen était certes une personne pleine de ressource, mais on avait forcément dû l’y aider… Mais aujourd’hui, il y avait quelque chose d’autant plus étrange. Etait-ce qu’une simple impression, ou la pièce était bien mieux rangée et vide que d’habitude ? Enfin, sûrement n’était-ce qu’une impression…

Se sentant de plus en plus mal à l’aise face à son absence de réponse, le jeune homme lissait nerveusement sa moustache rousse.

- Mmh… Theresa ?
- Qu’y a-t-il, Albert ?
- Je t’ai… demandé si tu voulais m’épouser.
- Ah oui… Je t’ai entendu.
- Et donc, ta réponse ?

La jeune fille soupira, puis leva enfin les yeux de son travail pour les poser sur le comte Roterbach qui lui souriait avec gêne. Ses yeux étaient impassibles, mais le grand roux devinait qu’elle était ennuyée. Bien sûr… Theresa n’aimait pas être interrompue dans son travail. Lorsqu’il lui avait rendue visite, c’était à peine si elle ne lui avait pas fermé la porte au nez… Cet endroit était censé être secret après tout, perdu dans les combles d’une habitation quelconque de la ville. Mais étant donné qu’ils se connaissaient depuis l’enfance et que l’on pouvait peut-être affirmés qu’ils partageaient une sorte de confiance, la comtesse von Ameisöfen s’était résolue à faire un effort et à ne pas le laisser seul sur le palier de sa porte.

- Pourquoi devrais-je te répondre alors que cette demande n’a rien de sérieux ? Je pense que tu aurais choisi un endroit plus romantique que mon atelier pour me faire une telle déclaration.
- Ah… Il semblerait que je sois percé à jour…

Albert eut un léger rire, tandis que Theresa se replongeait dans ses tracés, imperturbable. Elle était si rapide et précise que l’on aurait dit un automate. De temps en temps, elle remontait machinalement ses petites lunettes qui tombaient sur le bout de son nez, mais rien ne semblait pouvoir la déconcentrer de sa tâche. Toutefois, elle s’arrêta soudainement, alla à l’autre bout de la salle, gribouilla quelque chose sur les bords d’une page d’un grimoire, avant de faire les cent pas et enfin retourner sur ses plans. Pendant ce temps, le comte crut à nouveau que l’ingénieure l’avait oublié, mais elle se mit soudain à grommeler entre ses dents :

- Evidemment. Et tu savais que je refuserai. Ce sont mes vénérables parents qui t’ont encouragé à me demander en mariage, n’est-ce pas ? J’en ai assez de leurs stratagèmes… Et j’ai une sainte horreur des opéras.

Certains pourraient se demander en quoi les opéras avaient un lien avec la conversation. Seule Theresa semblait le savoir, mais elle ne comptait pas l’expliquer à son interlocuteur. Elle poussa néanmoins un nouveau soupir exaspéré. Monsieur et madame Von Ameisöfen étaient décidément souci. Depuis qu’elle était enfant, ils n’avaient cessé de la restreindre dans ses études. Ce n’était pas qu’on ne lui avait donné aucune éducation. Fille aînée de la prestigieuse maison Ameisöfen oblige, on s’était même démenée à ce qu’elle apprenne la poésie, la danse, la broderie, et d’autres choses ennuyantes… Alors que les choses réellement intéressantes, comme la mécanique, on les mettait aux oubliettes ! Enfin, cela n’empêcha pas la petite comtesse de s’y plonger, la fillette s’étant trouvé une passion incontrôlable pour ce domaine depuis sa plus tendre enfance ! Elle volait donc les livres de son père qui traitaient du sujet, consacrait son temps à les étudier en négligeant ses cours plus traditionnels, espionnait les conversations avec les inventeurs que son paternel mécénait, fabriquait ses premières machines par ses propres moyens, trouvant ses matériaux en dépensant en secret l’argent de la maison ou encore en démontant le mobilier… Theresa était totalement obstinée lorsqu’il s’agissait de technologie, au grand damne de ses géniteurs qui souhaitaient faire d’elle une dame exemplaire, et non une disgracieuse inventrice mécanicienne ! De plus, le fait que la petite détruise les meubles et les outils du manoir pour tenter de construire quelques machines approximatives rendait le tout encore plus problématique. Mais ce que ses parents ignoraient, c’est qu’elle avait développé ses compétences depuis, et qu’elle touchait désormais à un domaine encore plus dangereux aujourd’hui : la sorcellerie.

Albert Roterbach était le seul à avoir été mis dans la confidence. Il s’était inquiété pour elle, avait tenté de l’en dissuader, mais comme toujours Theresa était une personne totalement obstinée. En bon confident, il n’avait pas osé trahir sa confiance. De plus, il avait peur de la mettre en danger en la dénonçant. Il fallait aussi avouer que la comtesse était persuasive. Elle affirmait avec une telle certitude que ses travaux n’avaient aucun risque qu’il avait fini par la croire… Mais il se demandait parfois s’il avait raison de la laisser si facilement faire…

- Que veux-tu, tes parents s’inquiètent. Depuis que tu as ton atelier secret, tu t’y enfermes sans cesse et ils se demandent où donc tu passes tes journées ! Ils craignent aussi que tu finisses vieille fille… plaisanta-t-il à moitié en affichant un sourire taquin.
- Je finirai vieille fille, affirma alors fermement Theresa.

Le sourire d’Albert s’effaça aussitôt. Il observa pendant un moment la comtesse, ébahi devant le naturel avec lequel la jeune fille avait fait cette déclaration, sans aucune hésitation, ni honte, ni crainte. Cette optique n’avait pas l’air d’inquiéter Theresa outre mesure… Et pourtant, quel genre de personne – de femme – rêverait du célibat éternel ? Et puis, même si elle était étrange, Theresa représentait un bon parti. Elle était de haut rang et restait une dame élégante malgré ses passe-temps particuliers… Elle n’aurait sans doute pas tellement de difficulté à se trouver un mari !

- Que racontes-tu ? Tu es encore jeune, tu as le temps de trouver quelqu’un qui t’aimer-…
- Il ne s’agit pas d’une question d’aimer ou non. Je n’aurai simplement jamais le temps de fonder une famille. Et je n’en ai absolument aucune envie.

Le comte soupira. Décidemment, il avait du mal à comprendre cette demoiselle. Même s’ils se côtoyaient depuis l’enfance, Theresa restait un total mystère à ses yeux, et aux yeux de beaucoup d’autres sûrement…

- Tes pauvres parents ne sont pas gâtés… Entre toi qui refuses de te marier, et ton frère qui ne fait rien d’autres que de pavaner et dépenser sans compter… Ton père a de quoi s’inquiéter.
- Ne parle pas de mon frère.

Le ton sur lequel l’inventrice avait prononcé ces mots n’était nullement agressif. Mais il était ferme, autoritaire, définitif. Les relations avec le reste de sa fratrie étaient plutôt complexes… Theresa s’était à nouveau levée pour chercher un livre dans sa bibliothèque. Albert l’observa en déglutissant. Lorsque Theresa donnait un ordre, on obéissait au doigt et à l’œil.

- Mh… Pardonne-moi. J’avais oublié que tu le détestais.
- Ce n’est pas que je le déteste… Mais j’ai dit que nous ne parlerons pas de lui. Si tu le veux, nous pouvons parler de mes sœurs… Enfin non. Il n’y a rien à dire sur elles, elles sont insipides. Parlons plutôt d’un autre sujet que de ma famille. Je me dispute bien assez avec eux, je n’ai nul besoin de les évoquer davantage…

Des relations complexes, nous disions… Theresa ne s’était jamais vraiment sentie à sa place dans le manoir des Von Ameisöfen. Et à vrai dire, elle ne s’était jamais sentie à sa place nulle part. Le silence qui suivit cette déclaration fut tout d’un coup de plus en plus gênant… Du moins pour le comte Roterbach qui n’arrêtait pas de lisser sa moustache rousse. Après un raclement de gorge, il finit par maladroitement demander :

- Hum… Theresa… Cela fait un moment que cette question me taraude l’esprit. Mais est-ce ce Sir Knightley qui t’aide à mener… eh bien… toutes ces recherches ?

L’allemande s’arrêta soudainement au beau milieu de sa lecture. Pendant quelques secondes, ses yeux s’étaient figés, avant de reprendre leur course effrénée sur le grimoire qu’elle tenait comme si de rien n’était. Enchantements et reliques occultes. Voilà qui était bien rassurant…

- Quelle perspicacité ! finit-elle par lâcher toujours sans lui jeter le moindre regard.

Au ton de sa voix, Albert n’arrivait pas à savoir si elle était cynique ou non… Mais il sentait qu’il venait de toucher un point sensible. Sûrement peu de personnes étaient capable de le remarquer, mais les épaules de Theresa s’étaient imperceptiblement tendues.
Sir Arthur Knightley… Le comte n’arrêtait pas d’en entendre parler. Il était ce propriétaire d’une entreprise de bateaux de Londres. Monsieur et madame Von Ameisöfen n’arrêtaient pas de se plaindre de lui, comme quoi il aurait une mauvaise influence sur leur fille. D’après ce que le grand roux en avait compris, cet homme avait rencontré Theresa lors d’un opéra il y a quelques années, et ils étaient devenus amis presque instantanément. Fait étrange pour une personne aussi asociale que Theresa von Ameisöfen… Depuis, la jeune fille lui racontait parfois leurs échanges épistolaires, et elle avait toujours l’air étonnement reconnaissante envers cet homme. Apparemment, Sir Knightley était une des rares personnes à encourager la comtesse dans sa passion pour la mécanique…

Mais les pensées du comte Roterbach furent brusquement interrompues par la voix sèche de Theresa…

- Si tu n’as rien d’autre à me demander, tu peux partir. Tu me déranges, Albert.

Ces mots sonnaient plus comme un ordre qu’une proposition, et avant qu’il n’eût le temps de le réaliser, le jeune homme et sa moustache rousse étaient déjà dehors sous la fine pluie du printemps. Il observa la porte avec un air perplexe, semi-curieux et semi-inquiet. Il savait que c’était inutile d’essayer de convaincre la comtesse de lui rouvrir… Alors il tourna les talons et se contenter de s’interroger sur son chemin du retour :

- Que me caches-tu encore, Theresa ?...


***

« Cher père, chère mère,

Je m’en vais.
Ou je fuis, si vous préférez… De mon point de vue, il ne s’agit pas d’une fuite, mais je sais que ce le sera du vôtre. Néanmoins, ne vous fatiguez pas… Vous n’avez nul besoin de partir à ma recherche. Quand bien même je n’aie aucun doute que vous serez capable de me retrouver, cela ne provoquerait que des désagréments inutiles. Nous savons tous que je suis une fille obstinée, et je ferai de toute façon ce dont j’ai envie, peu importe que vous soyez là ou non. Néanmoins, je préfère vous dispenser de mes « excentricités ». Notre cohabitation ne serait que plus pénible, pour vous comme pour moi. C’est pour cette raison que j’ai décidé de partir. Vous et moi serons toujours en désaccord.

Je pense que vous vous doutez de ma destination. Ne m’y cherchez pas. Je vous contacterai en cas de besoin. De même qu’en cas d’extrême urgence, vous pourrez m’y envoyer une lettre également.

Père… »


La plume de Theresa arrêta de s’agiter sur le papier. Qu’allait-elle écrire, déjà ? Elle ne savait plus. Ou non, c’était plutôt l’inverse. Elle avait tant de chose à lui faire communiquer qu’elle ne savait pas par où commencer.
Vous m’exaspérez ? Votre esprit étriqué m’a causé bien des maux, mais merci de m’avoir laissé accéder à votre bibliothèque durant toute mon enfance ? J’aurais aimé que vous me compreniez ? Je sais que c’est vous qui avez mangé les gâteaux destinés à ma tante la nuit dernière ? Pourquoi n’avez-vous jamais interdit à mon frère de pratiquer le violon ? Je suis désolé de vous décevoir ?

Theresa remonta machinalement ses lunettes.

Trouver les bonnes formulations n’avait jamais été son fort. Ou non, encore une fois, ce n’était pas exactement le problème… Savoir ce qui était important de dire, voilà qui était plus exact. Elle se perdait souvent en détails futiles ou, au contraire, se concentrait trop sur les choses pragmatiques… Et pour ce qui concernait l’aspect émotionnel, elle n’arrêtait pas de manquer l’essentiel…
Nerveusement, la jeune fille relut plusieurs fois ses précédentes phrases pour essayer de se trouver de l’inspiration. Maintenant qu’elle y réfléchissait, n’avait-elle pas été un peu froide dans ses mots ? Sûrement. Ses proches le lui reprochaient souvent… Elle aurait aimé être un peu plus… eh bien… chaleureuse. Mais ce n’était tout simplement pas dans sa nature.

Ses lunettes retombaient sur son nez.

Agacée de rester coincée sur sa prochaine phrase depuis plusieurs minutes, la jeune fille s’était levée de sa chaise et faisait les cent pas autour de son bureau. Quand elle se rassit enfin, elle n’avait toujours rien trouvé.

Le pendule de sa chambre martelait fatidiquement les secondes, emplissant la salle d’un étrange écho métallique qui la mettait de plus en plus à cran.
Tic. Tac.
Tic. Tac.
Tic. Tac.

Le temps pressait.

« Père, j’ai pris dans votre coffre-fort une partie de l’héritage de mon frère pour mon voyage. Je sais que vous me pardonnerez ce vol.

Adieu.

Votre ancienne fille, Theresa »


L’inventrice poussa un long soupir. Enfin, c’était terminé… Adieu père et mère. Adieu maudit frère. Adieu Maison Ameisöfen. Adieu-… Non, ça n’allait pas. Quelque chose clochait.
Elle devait se sentir soulagée, alors pourquoi ? Pourquoi son cœur était serré ? Quel était la raison de son mal ? Confuse, ses yeux papillonnaient derrière ses lunettes… Son humeur n’était pas censée être triste. Mais était-elle vraiment triste ? Elle ne savait pas. Quelque chose allait lui manquer, sans qu’elle ne trouve exactement quoi.

- Albert ? se demanda-t-elle avec un air songeur.

Elle ne lui avait pas dit qu’elle s’en allait. Elle repensa au grand roux et à son sourire maladroit. Le pauvre allait sûrement se sentir seul sans elle. Alors, comme pour se faire pardonner, elle ajouta rapidement au bas de sa lettre :

« PS : Dites au comte Roterbach que même si je refuse sa demande en mariage, j’apprécie sa nouvelle moustache. »

Mais c’était toujours aussi insatisfaisant.


***

L’année de ses 20 ans, la comtesse Theresa von Ameisöfen disparut d’Allemagne. Pourtant, aucune recherche ne fut déployée, et toutes sortes de rumeurs se mirent à circuler. Fille reniée ou fuite avec un amant inconnu, la noblesse allemande propageaient des ragots à cœur joie. Mais peu étaient au courant de la réalité. La comtesse était devenue tel un personnage de conte dont on racontait mille versions, jusqu’à ce que la lassitude dissipe toutes ces histoires et les fit tomber dans l’oubli.

Pendant ce temps sur les berges de la Grande-Bretagne, l’institutrice Theresa Klein débarquait dans la ville de Londres. Petite allemande immigrée qui avait obtenu un emploi chez les Knightley, sa venue ne fit que peu de bruit. Ses premiers jours en Angleterre ne furent néanmoins pas des plus faciles. Son accent allemand très marqué, elle avait parfois du mal à se faire comprendre de ses nouveaux voisins. Sans compter que la nouvelle venue avait parfois l’air d’une empotée. Elle ne savait même pas comment faire une lessive – bien qu’elle l’apprît rapidement – et quand elle cuisinait, une fumée âcre faisait empester tout le voisinage ! Et pour couronner le tout, on la disait aussi froide qu’un iceberg ! Heureusement, la jeune fille ne semblait que peu présente dans son appartement. Elle ne faisait souvent qu’y passer la nuit à la lueur de sa chandelle qui s’éteignait toujours bien après minuit. Pendant la journée, nul ne savait exactement ce qu’elle faisait. Elle était cette voisine que l’on ne voit presque jamais, que l’on évoque que pour s’interroger sur ses activités. Beaucoup la voyait se lever très tôt le matin pour aller enseigner aux enfants Knightley ou d’autres de la haute bourgeoisie. Il était d’ailleurs étonnant de savoir qu’une femme vivant dans un si petit logis côtoyait des personnes aussi riches. Mais la demeure où elle passait définitivement le plus de temps était celle des Knightley…


***

Arthur Knightley était une de ces rares personnes que l’on appelle self made man, un entrepreneur parti de presque rien et qui avait fini par accumuler une fortune grâce à ses bateaux construits au fil du temps. Quand il avait rencontré Theresa lors de l’un de ses voyages, peut-être qu’il s’était reconnu en elle, dans sa manière de penser totalement obstinée et passionnée… Et aujourd’hui, il était plus qu’heureux de l’avoir auprès de lui en Angleterre. L’anglais n’était pas dupe. Même si elle était une femme, Theresa avait un talent qu’il comptait bien mettre à profit sur le long terme. Alors, quand il lui avait fait miroiter l’idée qu’il pourrait lui fournir tous les matériaux dont elle aurait besoin si elle venait s’installer à Londres, sir Knightley n’avait aucun doute qu’elle partirait aussitôt le rejoindre. A son arrivée, il lui proposa quelques projets pour améliorer ses connaissances de la mécanique, notamment de l’aider à travailler sur de nouveaux moteurs à vapeur pour ses bateaux. Comme attendu d’elle, l’inventrice faisait des merveilles, optimisant les performances des nouveaux navires et les rendant même plus bons marchés. Pourtant, elle n’était sûrement pas autant rémunérée qu’elle aurait dû l’être… Si ça avait été le cas, Fräulein Ameise aurait depuis longtemps abandonné son métier d’institutrice. D’autant plus que son nom n’était mentionné nulle part dans la fabrication de ces moteurs. Sur le chantier naval, Sir Knightley présentait Theresa comme une assistante qui transmettait ses ordres, rien de plus. Mais à vrai dire, cela importait peu à la jeune femme. Ce qu’elle souhaitait le plus était de pouvoir créer et continuer ses recherches, et c’était ce qu’Arthur Knightley lui permettait de faire. Il lui avait même proposé que si elle créait une invention marquante, il la présenterait au monde en son nom. Il n’empêchait que presque personne ne connaissait sa contribution dans les affaires de l’industrie, pas même le reste de la famille Knightley elle-même.

La première fois que Theresa avait rencontré ces-derniers, elle était donc venue en tant que professeur particulier dans le simple but d’enseigner. Ainsi, elle fit la connaissance de Mrs Bethany Knightley et ses trois fils et fille : Connor, Victoria, mais surtout David. David, le dernier fils malchanceux. David, le mélancolique et parfois l’agressif. David qui ne pouvait plus marcher. David l’amputé.

Pitié. Il était rare pour Theresa d’en éprouver… Pourtant, en voyant ce garçon si jeune privé de ses deux jambes, son cœur s’était fendu en deux. Elle ignorait la raison de son handicap, néanmoins, à ses yeux, David était devenu un enfant particulier, privilégié. Malgré l’humeur parfois lunatique du garçon, elle s’était attachée à lui, était moins sévère et ressentait presque un amour maternel pour cet enfant. De plus, malgré les apparences, il était curieux, une qualité qu’elle a toujours apprécié à sa juste valeur. Elle voulait faire ce qu’elle pouvait pour l’aider… L’ancienne comtesse apprit plus tard que David avait été victime d’un accident, qu’une chute lui avait broyé les jambes. Les plaies s’étant infectés, les médecins s’étaient trouvés dans l’obligation de l’amputer. Le garçon avait eu de la chance de survivre et de n’avoir aucune séquelle intellectuelle, mais depuis sa vie avait changé de manière irréversible.
Mais l’inventrice refusait cette fatalité. Elle eut soudain la conviction qu’elle pouvait faire quelque chose, qu’elle était capable de créer un miracle. Lors de ses courts sommeils, elle se rêvait avec l’apparence du messie et dire au jeune garçon « Lève-toi et marche ».

Durant son temps libre, Theresa passait son temps à dessiner des modèles de prothèses toujours de plus en plus complexes et modernes. Mais la mécanique seule ne suffisait pas. L’ingénieure savait qu’elle ne serait jamais satisfaite du résultat si elle n’utilisait que ses connaissances sur la technologie. Ces fausses jambes ne pourraient jamais se plier parfaitement à la volonté de David.
La solution, elle la connaissait. Elle savait que la réponse qu’elle cherchait se trouvait dans les grimoires. Depuis peu, elle avait appris bien des choses dans ces anciens ouvrages… Après tout, ce n’est qu’avec la magie que l’on peut créer un miracle. La mécanique, elle, ne faisait que créer des tours de passe-passe extrêmement convaincants, mais des tours de passe-passe tout de même. Seules, ces deux domaines avaient tous les deux leurs limites ; la sorcellerie se reposant trop sur des forces indépendantes de l’Homme, et la technologie se confrontant aux barrières du réelles. Mais Fräulein Ameise était certaine que les deux ensembles n’étaient pas incompatibles. Depuis un moment, elle avait rêvé d’un tel projet, de pouvoir créer quelque chose à partir de la science et de la sorcellerie. Cette occasion était beaucoup trop belle pour elle. Bien sûr, l’ingénieure savait qu’elle s’aventurait là dans des pratiques interdites et occultes. Mais elle n’en avait cure. Theresa ne s’était jamais considérée comme une sorcière, mais bien comme une femme de science. C’était faire progresser l’humanité que d’avoir des ambitions semblables aux siennes, elle en était persuadée et elle ne voyait pas où était sa faute. La Reine du Royaume-Uni faisait erreur en voulant rejeter une telle source de possibilités. On ne pouvait pas ignorer si facilement la magie et ses bénéfices, quand bien même la technologie soit là pour la compenser. La mécanique était ce qui lui permettrait de façonner une machine, et la sorcellerie ce qui lui permettrait de faire le lien direct entre l’objet et son utilisateur. Tel un artefact lié à l’âme de celui qui s’en sert… Le but était de créer une prothèse qui obéirait à la volonté de son possesseur, comme si elle avait toujours faite partie de son corps. Maintenant, il restait à savoir ce qu’Arthur Knightley penserait de d’un tel projet…

Le bourgeois se montra d’abord frileux devant une telle proposition. Après tout, c’était sans aucun doute quelque chose d’illégal. Mais il se laissa peu à peu convaincre au fil de l’argumentation obstinée de l’ancienne comtesse. Elle semblait avoir une flamme ardente dans le regard, une passion débordante d’espoir et de volonté qui ne laissait aucune place au doute ou à l’abandon. Ce qu’elle lui proposait lui semblait peut-être fou, mais c’était aussi ce qui lui plaisait chez cette demoiselle… Après tout, il ne tirerait sûrement aucun profit d’une telle entreprise, hormis la satisfaction d’avoir contribuer à une invention extraordinaire et au bonheur de son fils. Mais c’était là des bénéfices bien suffisants pour lui.


***

Cela faisait des jours que l’ingénieure n’avait pas réellement dormi – plus que d’habitude. Ses yeux étaient cernés et ses cheveux légèrement en désordre dans son chignon fait à la va vite. Aujourd’hui, Theresa menait ses recherches dans son appartement. D’habitude, elle préférait les faire dans le manoir des Knightley, où le bourgeois lui avait aménagé un bureau plus isolé que les murs de son appartement entourés de voisins parfois trop curieux ou chahuteurs. Mais aujourd’hui, la belle-famille de sir Knightley rendait visite au manoir. N’ayant aucun cours particulier avant l’après-midi, Theresa avait décidé de rentabiliser son temps libre à ses recherches dans sa petite chambre au troisième étage de la résidence. Volets fermés néanmoins pour éviter les regards trop curieux, Fräulein Ameise était penchée sur un grimoire éclairé à la bougie.

Son projet avançait à grands pas. A vrai dire, l’inventrice se sentait proche du but. Pourtant, il manquait quelque chose dans la partie magique de son invention… Après tout, ses connaissances en la matière étaient un peu moins développées que celles sur la mécanique. Lier un objet à une âme n’était pas chose aisée, et elle s’était rendu compte qu’il risquait d’y avoir quelques contreparties gênantes… La première étant que si l’objet était abimé, l’âme de l’utilisateur pouvait en être affectée aussi. Mais pour savoir exactement comment, il fallait d’abord tester la chose. Utiliser David comme cobaye était une idée qui ne lui plaisait guère… Theresa avait donc demandé à Sir Knightley quelles personnes seraient susceptibles de l’aider sur cette interrogation tout en gardant le secret sur ces recherches… Et c’était malheureusement un problème qui se posait toujours. Mais elle finirait par trouver une solution. Elle en était certaine. Et enfin, le second problème venait de l’interdiction de la sorcellerie en place au Royaume-Uni. David ne pourrait jamais se balader insoucieusement avec ses prothèses en exposant les bienfaits de la magie et la technologie mêlées ! A vrai dire, Theresa espérait pouvoir faire passer ces prothèses comme un bijou purement mécanique aux yeux des plus crédules. Mais elle n’était pas certaine que la supercherie fonctionnerait sur tout le monde, quand bien même ses explications seraient des plus convaincantes. Après tout, il existait toujours des personnes pour crier à la sorcellerie à tort et à travers – même s’ils auraient eu raison pour cette fois-là…
D’ailleurs, d’autres idées d’inventions mêlant magie et mécanique avaient émergé de son esprit au fur et à mesure de son avancée dans ses recherches. Elle les avait notées et les gardait précieusement dans un carnet caché dans son oreiller lorsqu'elle dormait – elle espérait sans doute pouvoir travailler dessus même dans ses rêves. Ces projets étant un peu moins ambitieux que les prothèses, elle avait déjà commencé à établir quelques plans et prototypes pour certains d’entre eux quand elle en avait le temps… Autant dire que son emploi du temps était plus que chargé avec tous ses projets secrets, ses cours particuliers, et l’aide qu’elle apportait encore à l’entreprise de sir Knightley… Et le sommeil lui volait des heures où elle pouvait travailler…

Toc toc.

Le bruit venant de sa porte sortit immédiatement l’ingénieure de ses pensées. Qui pouvait bien lui rendre visite ? Personne ne venait la la déranger habituellement. Ennuyée, Theresa se dirigea vers la porte – tout en prenant soin de cacher son grimoire et ses notes avant – et se retrouva nez à nez avec la concierge de l’immeuble qui lui souriait avec surprise :

- Fräulein Ameise ! Je pensais que vous seriez absente… Vous venez de vous réveiller ?
- Non.

Sa réponse était courte, concise. Mais elle n’avait absolument aucune chaleur, ni sympathie. Dans ce genre de situation, une autre personne aurait sûrement ajouté une phrase pour continuer la conversation et non la laisser dans l’inconfort de ce silence gênant… Mais à vrai dire, Theresa ne comprenait sans doute pas réellement où était le problème. Avec embarras, la dame lui souriait en la scrutant de haut en bas. Apparemment, elle avait noté sa tenue un peu plus négligée que d’habitude et ses yeux cernés…

- Oh, je pensais… Vu que vos volets étaient fermés et que… eh bien…
- Oh oui, ma mine doit être déplorable… Je m’en excuse. Mais mon anglais s’est beaucoup amélioré depuis mon arrivée ici, c’est une chose certaine.

Les yeux de la dame s’arrondirent sur un air interrogateur. Pourquoi l’allemande lui racontait-elle cela maintenant ? Certes, elle n’avait jamais vraiment pu constater ses progrès en anglais, vu qu’elles ne se côtoyaient que très rarement depuis toutes ces années… Mais tout de même, faire remarquer cela maintenant était un peu étrange…

- Hum… Je suppose que c’est une bonne nouvelle… finit-elle par toussoter avec gêne. Mais peu importe, une lettre est arrivé pour vous de la part de sir Knightley. Celui qui me l’a apporté m’a dit que c’était urgent.

L’expression neutre de Theresa se déforma soudain en une grimace crispée. Quand la femme lui tendit ladite lettre, elle devina tout de suite qu’elle ne provenait pas du bourgeois. Après tout, pourquoi lui enverrait-il une message ? Ils se voyaient presque tous les jours. Non, cette lettre annonçait quelque chose de bien plus ennuyeux.

Soudain assez anxieuse, Theresa s’empara de la missive un peu brusquement. Elle inclina ensuite la tête en direction de la concierge, et prononça rapidement quelques formules de politesse :

- Merci, madame. Vous me rendez service. Bonne journée, madame.
- Je vous en prie, Fräulein. Bonne journée à v-

Le « vous » fut coupé par le claquement de sa porte. L’ingénieure ne se préoccupa pas vraiment des grommèlements vexés de la concierge qui redescendait les escaliers, mais avait les yeux fixés sur l’enveloppe qu’elle venait de recevoir. Qu’avait-il bien pu se passer pour qu’on la contacte enfin après toutes ces années ? Elle n’avait pas besoin de tourments… Un peu nerveusement, elle sortit la lettre de son enveloppe et commença sa lecture. Et dire que c’était le seul contact qu’elle avait de l’Allemagne depuis tout ce temps…

« Liebe Theresa… »
- Oh non, pas lui…

Son cœur rata un battement. Pourquoi ? Elle ne savait pas exactement. Le ressentiment peut-être. Elle reconnut tout de suite cette écriture élégante, avec d’amples lettres rondes et harmonieuses. Si repoussante.
Honnêtement, elle ne voulait plus en lire davantage. L’idée de brûler la lettre dans la flamme de sa chandelle lui passa un long moment à l’esprit. Pourtant, c’est avec un soupir résigné et un effort considérable qu’elle se résolut à au moins lire la deuxième ligne, voire la suite si cela en valait l’intérêt. Mais un mauvais pressentiment titillait son esprit avec persistance. En même temps, lorsqu’il s’agissait de Leonhard von Ameisöfen, il était conseillé de s’attendre au pire.  

« J’espère que tu te portes bien. Pour être honnête, tu manques à notre famille… Toutes nos sœurs se sont mariées à présent, et le manoir est bien ennuyeux sans toi, Theresa…
Mais je sais que tu veux surtout connaître la raison pour laquelle je t’écris aujourd’hui ! Eh bien je vais aller droit au but. Il se trouve que je vais t’imiter : je pars en Angleterre dès demain ! »


L’air manqua soudain à l’allemande, ses craintes se confirmant de plus en plus. Encore un peu, et elle s’étouffait dans une quinte de toux incontrôlable. Reprenant tant bien que mal une respiration normale, elle lâcha malgré elle dans son profond agacement :

- Idiot de petit-frère ! Qu’est-ce que tu manigances encore ?!
« Je t’épargne les raisons de ce voyage, mais je souhaite te retrouver à Londres… J’ai besoin de toi, Theresa. Tu es mon seul espoir. »

Le regard de l’ancienne comtesse devint encore plus glacial qu'à l'accoutumé. Elle devait s’en douter. Leonhard voulait qu’elle l’aide. La capacité de cet homme à lui demander de petits services étaient aberrantes, sans compter qu’il était beaucoup trop doué pour s’attirer des ennuis. Mais elle s’était promis depuis longtemps de ne pas lui donner tout ce qu’il voulait. Ce petit-frère était déjà trop gâté ainsi.

La lettre n’ajoutait pas grand-chose. Juste la date de son arrivée et un « PS : Le comte Roterbach espère que tes recherches portent leurs fruits ». Pourtant, Theresa restait de marbre. Du moins, son visage était redevenu totalement stoïque. Après un moment, elle avait fini par poser négligemment l’enveloppe dans un coin de son bureau avec un soupir, puis s’était immédiatement remise au travail, comme si rien ne s’était passé.

Son petit-frère venait à Londres. Et alors ? Pourquoi devait-elle s’en préoccuper ? Elle n’avait pas le temps de s’occuper de lui. Elle ne voulait pas s’occuper de lui. Peu importe qu’il ait fait tout ce chemin simplement pour venir la supplier, elle ne lui accorderait rien. Il devait pourtant savoir qu’elle ne cèderait jamais face à lui… Alors pourquoi s’obstinait-il à venir lui implorer son aide ? Elle ne comprenait pas… Enfin, il fallait croire qu’un idiot restait un idiot, peu importe le nombre d’années qui s’étaient écoulées depuis la dernière fois où elle avait assisté à sa bêtise. Et elle s’était bien décidée à ignorer les broutilles de son frère.

La fois suivante où l’ingénieure vit sir Knightley et que celui-ci l'interrogea sur le contenu de sa lettre venue d’Allemagne, Theresa répondit simplement d’un ton morne  :

- Si un certain Leonhard se présente à vous dans les jours à suivre, dites-lui que Theresa Von Ameisöfen n’est pas à Londres.

Après tout, cette jeune fille n’existait plus. Ce n’était pas tant que ça un mensonge… Aujourd’hui, il ne restait plus que Fräulein Ameise et ses rêves pleins d’ambition.


IV. DERRIÈRE L'ECRAN.

Prénom/Surnom: Kawaii Potato
Âge : 18 ans ! 19 tout bientôt…
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Comment avez-vous découvert le forum : J’y étais un TRES bref moment avant… Haha…
Comment trouvez-vous le forum : Trop. Beau. Je suis sans voix. **
Avatar du personnage : Dessin fait par moi °///° C’est la première fois que je dessine mon personnage ohlala…


FICHE PAR FALLEN SWALLOW



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The Cheshire Cat
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MessageSujet: Re: || Fräulein Ameise || Mer 4 Avr - 14:16
Bienvenue et courage pour ta fiche :)

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The Sparrow
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MessageSujet: Re: || Fräulein Ameise || Jeu 5 Avr - 6:39
Bienvenue!
Bon courage pour la suite, j'adore déjà la fable dont ton personnage est tiré!

Chouette avatar également!
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Baron Samedi
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MessageSujet: Re: || Fräulein Ameise || Mar 17 Avr - 19:23
Salutations jeune bricoleuse germanique. Comment cela avance-t-il dites-moi ? Je vois un sacré potentiel derrière cette impressionnante fiche, t'en sors-tu pour la terminer ? Pas vraiment d'urgence, je venais simplement aux nouvelles. Il se trouve que j'ai moi-même dans un autre monde inventé un inventeur vaguement sorcier, j'ai donc hâte de pouvoir me plonger la tête la première dans la vie de cette chère Fräulein.

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MessageSujet: Re: || Fräulein Ameise || Mar 24 Avr - 3:16
Kzdiferhfzjeghez !

Désolée, j'ai dû réécrire une bonne partie de la fin ;w; J'ai eu un problème de sauvegarde qui m'a bien fait ragé huehue /pan/

Enfin bref, voilà, ma fiche est finie ! Merci à vous pour les bienvenues, et j'espère que ma Fräulein Ameise ne vous décevra pas, huhu c':

*a la pression en vrai zoeiferfu D8*

Oh, juste une dernière chose, je me suis permis de changer mon pseudo... En effet, comme Theresa von Ameisöfen est un appellation qu'elle n'utilise plus du tout désormais, je trouvais que c'était plus approprié de mettre son surnom °^° Dites moi si ça pose problème en tout cas !
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Baron Samedi
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MessageSujet: Re: || Fräulein Ameise || Jeu 26 Avr - 22:27
Bonsoir mes jeunes moutons noirs !

Je viens m'excuser de ne pas avoir encore eu le temps d'examiner cette fort jolie fiche. Il se trouve que depuis trois jours, ET TOTALEMENT A L'INSU DE MON PLEIN GRÉ, ma maison flottante est envahie de drôles de gens plus ou moins drôles et plus ou moins sains d'esprits. Cela prend du temps à gérer, je me prends pour une garderie flottante !

Je m'en occupe samedi soir si tout se passe bien, mais je préviendrais sur le Discord si ce n'est pas possible.

Je serais bien vite de retour, pour vous jouer de biens vilains tours.

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The Cheshire Cat
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MessageSujet: Re: || Fräulein Ameise || Mar 1 Mai - 13:11

Bienvenue parmi les nôtres!



Tu écris merveilleusement bien, ça passe tout seul (même si ce fut long xD ), et en plus Fraulein est un personnage complet et inspirant ! Elle nous met aussi parfaitement dans l'ambiance de l'époque, et elle est à elle seule tout un roman dont on aimerait connaitre la suite, tant son caractère est fort et son entourage marqué du coup.

J'espère que tu t'amuseras bien parmi nous avec la dame ♥️



Tu peux dès à présent faire tes demandes sur le forum. N'oublie surtout pas d'aller tout de suite réserver ton avatar, afin d'être unique en ton genre. Nous nous occupons d'ajouter automatiquement sur la liste l'origine de ton personnage s'il est réincarnation.
Si tu n'as pas encore de partenaire(s) en vue, tu peux faire une recherche rp et/ou de liens. Ensuite, tu peux créer une fiche de lien pour gérer tous tes nouveaux copains. Puis, si besoin, tu peux demander un logement quand tu seras bien lancé(e). Tu as la possibilité t'inscrire sur la liste des métiers si tu es commerçant(e) ou médecin. Si tu fais parti d'un organisme particulier, comme par exemple Scotland Yard ou le Palais des Fleurs, tu y seras ajouté automatiquement.

Et enfin mais surtout, si tu as des suggestions ou des questions, n'hésite pas à contacter l'administration.

Bien à toi,

Le staff.




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Hansel
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MessageSujet: Re: || Fräulein Ameise || Dim 6 Mai - 16:20
Welcome heeeere ! \o/

Première fois que tu dessines ton personnage ? Eh beh... 0.0 Joli travail ! ^^
Bon, je t'avoue que je n'ai pas eu la fois de lire toute ta fiche mais je le ferai, I promise ! /è-é/

En tous cas, amuse-toi bien parmi nous :D
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MessageSujet: Re: || Fräulein Ameise ||
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|| Fräulein Ameise ||
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