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 « I shall ask for brains instead of a heart; for a fool would not know what to do with a heart if he had one. »

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MessageSujet: « I shall ask for brains instead of a heart; for a fool would not know what to do with a heart if he had one. »  Sam 26 Déc - 17:01



I. NOM ET PRENOM.


• NOM : Straw
• PRÉNOM : Learth
• NATIONALITÉ : Anglaise
• ÂGE : 21 ans
• SEXE : Masculin
• ORIENTATION SEXUELLE : Pas la première des priorités
• MÉTIER : Apprenti-horloger/pickpocket selon la nécessité
• SITUATION FINANCIÈRE :  Médiocre
• OCCUPATIONS/PASSIONS : Bricoler et réparer des petites pièces, la mécanique, faire fuir les oiseaux
• GROUPE : Contes
• HISTOIRE D'ORIGINE : The scarecrow/L'épouvantail du Magicien d'Oz


II. LES DESCRIPTIONS.


CARACTÈRE

Impulsif • Débrouillard • Flegmatique  • Hardi • Désinvolte • Gauche • Franc • Déterminé


Aussi loin que remontent ses souvenirs, Learth avait toujours été un bon à rien. Enfant, il avait été trop turbulent et dissipé pour travailler son érudition. Aujourd'hui, il était juste un idiot sans éducation et sans hérédité. L'épouvantail aurait payé cher pour retourner à l'âge d'or de l'enfance, celui où il pouvait encore faire fuir les oiseaux sous le regard d'un père inquisiteur. Mais des années d'errance et un maigre salaire l'avaient endurci plus qu'il ne l'imaginait. Learth était bien trop aveuglé par son handicapante stupidité pour réaliser à quel point il avait su faire preuve de sang-froid et de détermination pour ne pas retourner dans le domaine familial la queue entre les jambes. Au lieu de ça, il avait choisit la voix de l'indépendance et accepté son châtiment avec une certaine fatalité.

Non, même en fouillant dans cet esprit défaillant, il n'avait jamais trouvé sa place parmi les siens. La spontanéité et le franc-parler n'étaient pas dignes d'un Straw, pas plus que la transparence dont il avait fait preuve en espérant se faire oublier. Peut être que Learth n'avait pas l'habitude d'être regardé autrement que comme un objet utilitaire, comme un épouvantail qui faisait fuir les oiseaux. Si son impulsivité lui jouait toujours des tours, Learth savait ménager ses émotions pour ne pas se laisser submerger par les événements. Vivre au milieu des loups chez les Straw ou au milieu des rats à South London lui avait appris à survivre. Bien sûr, il se lamentait intérieurement de la vie misérable qu'il s'était crée mais pas une fois il avait baissé les bras.

Même sans cerveau, il était parvenu à faire quelque chose de ses dix doigts. Pas de quoi racheter son déshonneur ou son amour propre mais assez pour jouir d'un ou deux repas par jour. Être débrouillard l'avait en quelque sorte sauvé de l'hiver londonien à venir, il continuerait de réparer divers mécanismes pour trois fois rien à l’exception qu'il aurait un toit cette fois-ci. Learth évitait du mieux qu'il pouvait de se plaindre de sa situation. Car comment avouer qu'on s'était fait renier par sa famille à cause de sa stupidité ? Il était tout bonnement impensable de remuer le couteau dans la plaie. Il n'était pas orphelin à cause du mauvais sort, non, il l'avait bien mérité. Par la force des choses, Learth s'était convaincu de sa propre médiocrité qui avait donné naissance à un mal être qu'il traduisait par des gestes gauches. L'épouvantail n'avait jamais été très habile dans ses conversations. On lui reprochait souvent sa franchise accablante et sa désinvolture qui outraient tous les convives des Straw. Pour Learth, aucune vérité n'est pas bonne à dire et n'en déplaise à ses interlocuteurs. Obtu, sa fierté et son absence de considération avaient toujours été mises sur le compte de son idiotie car « seuls les imbéciles ne changent pas d'avis » comme lui répétait si bien son entourage.

Encore aujourd'hui, il n'était pas tout à fait sûr d'avoir trouvé sa place parmi les autres. Son costume bon marché lui semblait bien disproportionné à côté de sa veste bleu d'adolescent dont le tissu commençait à s'élimer. La politesse forcée avec laquelle il devait accueillir les clients de l'horlogerie l'exaspérait au plus au point. Mais tant qu'il ne sortait pas du moule, personne ne remarquerait à quel point il était idiot. Dans tous les cas, Learth ne s'était jamais permis d'être irrespectueux avec l'homme étrange qui l'avait prit sous son aile. Il était bien trop malappris pour faire preuve de reconnaissance mais pas assez pour être odieux et laisser passer sa chance.


PHYSIQUE


Devant le miroir, Learth s'est toujours trouvé peu crédible avec ses épaules étroites et ses bras trop maigres. Son teint blême et ses joues émaciées, vierges de toute pilosité, ne le masculinisaient pas davantage. Il n'était pas bien grand non plus du haut de son mètre soixante-cinq comme si tout son corps s'était contenté de subsister à défaut de se développer. Peut être que Learth ne se serait pas autant dénigré s'il pouvait se souvenir de la rigidité de cet ancien corps de bois immuable. A y regarder de plus près, il n'était qu'un jeune homme ravagé par des années d'errance et de carences alimentaires. Mais aveuglé par sa pâle maigreur, Learth ne distinguait même pas ses deux prunelles bleues qui tiraient sur le gris et qui étaient de cette teinte qui avait un jour forgé la beauté de sa tendre mère. Il ne prêtait pas plus attention au noir corbeau de ses cheveux ébouriffés, certainement trop occupé à essayer de trouver un moyen de les discipliner et de réprimer des souvenirs douloureux. Learth n'avait jamais été très soigneux avec son apparence malgré les remontrances de ses parents. Il se souvenait parfois du rire cristallin de sa mère qui s'évertuait à aplanir cet épis qui lui valait le surnom railleur et affectueux d' « épouvantail ». Quelle drôle d'idée et pourtant, Learth avait toujours trouvé ce sobriquet terriblement réconfortant. Son père, lui, préférait lui rappeler que seuls les idiots étaient fiers d'être des épouvantails. Sans savoir pourquoi, cette phrase sonnait toujours comme une malédiction au creux de son oreille. Et maintenant, Learth était persuadé que sa stupidité et sa gaucherie, par contagion, avaient déteints sur son physique.

Pire encore, ses manières n'avaient rien à envier à son physique d'après les dires de son entourage. Incapable de faire la plante verte pendant les interminables repas de famille et de tenir une conversation plus de dix minutes sans offenser la moitié de la tablée, Learth n'a jamais vraiment eu l'attitude escomptée pour un jeune homme de bonne famille. Mais qu'y a t-il d'étrange à faire le pitre autour de convives qui vous rappellent assidûment combien vous êtes sot au milieu d'une famille si parfaite ? Peut être qu'à force d'être traité comme un idiot, il en était devenu un ou du moins en était-il intimement persuadé. Quant à son style vestimentaire, personne n'avait eu l'audace de lui reprocher sa sobriété. Passer inaperçu était devenu une spécialité pour le jeune homme qui préférait s'enfermer dans un mutisme profond et une banalité coutumière plutôt que d'entendre les critiques d'un père perfectionniste. Mais aujourd'hui, Learth était bien forcé d'admettre que sa veste bleue fétiche commençait à s'élimer à défaut d'être devenue trop petite. Combien de temps s'était écoulé depuis son dernier anniversaire où il avait reçu ce vêtement qui lui servait de seconde peau ? Il l'ignorait car rien sur ce corps ne laissait présager le passage du temps si ce n'est des joues creusées et des cheveux un peu plus longs. Tout ce qu'il savait c'est qu'aujourd'hui encore, il faisait peur aux oiseaux.


III. L'HISTOIRE.


 « Tel un épouvantail... »

Le héros de cette histoire n'est pas un épouvantail mais une petite fille nommée Dorothée qui fut arrachée de son Kansas natal par une tornade qui l'envoya tout droit dans le monde merveilleux d'Oz. Résolue à retourner parmi les siens, elle décida de suivre les conseils avisés d'une fée du Nord en allant quérir l'aide du puissant Magicien d'Oz.
C'est en suivant son itinéraire sur la Yellow Brick Road que Dorothée rencontra notre protagoniste : un épouvantail qui se plaint de ne pas avoir de cerveau. Plus tard, d'autres compagnons d'infortunes eux aussi dépossédés d’éléments cruciaux ne tarderont pas à les rejoindre. Le premier est un bûcheron en fer blanc qui se plaint de ne pas avoir de cœur tandis que le deuxième est un lion couard qui se plaint de ne pas avoir de courage.
Dans le but de voir leurs vœux exaucés, les quatre compères gagnèrent Emerald City et réclamèrent une audience au célèbre Magicien. Mais ce dernier, qui se révélait être un imposteur, profita de la situation pour demander à Dorothée et ses suivants d'éliminer la Wicked Witch of the West en promettant de donner en échange à chacun ce qui lui manquait.
Après de nombreuses péripéties, les quatre compagnons se firent capturer par la sorcière qu'ils étaient supposés tuer. Malgré tout, Dorothée parvint à honorer sa quête en éliminant la sorcière avec un sceau d'eau. Afin de fêter leur victoire, les quatre héros retournèrent vers le Magicien d'Oz qui accorda à chacun ce qu'il désirait : l'intelligence pour l'épouvantail, un cœur pour le bûcheron et du courage pour le lion peureux. Dorothée quant à elle retourna au Kansas grâce à la fée Glinda et ses souliers magiques car Oz n'était pas un vrai magicien.

Et si en réalité l'épouvantail, privé de l'aide de ses précieux amis, échouait dans sa quête ?

« ...Il ne fait peur que de loin. »

Learth Straw est né au sein d'une famille bourgeoise qui compte trois garçons parmi sa progéniture. Il n'était ni l'aîné, ni le cadet mais le « second » comme l'appelait son entourage, bel euphémisme pour ne pas dire « celui de trop ». Learth est un drôle de prénom, mais pouvait-on espérer mieux pour un sot ? Ce nom le mettait mal à l'aise, tenter de l'expliciter était pénible mais justifier son existence était encore une source d'angoisse bien plus terrible. Comment trouver sa place au milieu d'un aîné exemplaire et d'un cadet distingué ? Certainement pas en faisant l'idiot à table ou en s'amusant à terrifier les oiseaux qui avaient élu domicile dans le jardin familial mais c'était pourtant tout ce que Learth trouva pour attirer l'attention d'un père pudique et sévère. Mr. Straw était à la tête d'une imposante usine spécialisée dans la distribution d'électricité et de telles responsabilités n'impliquaient pas de s'occuper de l'éducation d'un fils trop pénible. Le patriarche était un homme strict mais qui jouissait des plaisirs simples de la vie : il pouvait se vanter de fournir l'énergie nécessaire à tout le quartier de West London et avait prit pour épouse une vertueuse et jeune lady qui lui donna trois beaux garçons dont un idiot.

Afin de remédier à cette tare qui jurait sur le beau tableau familial, Mr. Straw déboursa une somme conséquente en frais de scolarité pour instruire et calmer le tempérament fougueux du plus turbulent de ses trois fils. Learth avait essayé tant bien que mal d’honorer les attentes de son père mais il était bien trop dissipé et bien peu assez intéressé par ces suites de chiffres insignifiantes ou les longues litanies de droit dont le bassinait les docteurs et autres avocats. L’ingénierie s'était révélée à peine moins pénible pour le jeune garçon qui y voyait un moyen de s'exercer en arts manuels avec ces petites machines inutiles qui rendaient ses jeux de petit garçon encore plus palpitants. Learth avait une imagination débordante et c'est précisément ce qui l'empêchait de se focaliser sur ses études. Ces chimères étaient en partie l’œuvre de la solitude car son aîné était bien trop occupé à jouer aux adultes tandis que son cadet préférait les jupons confortables de leur mère et jouer les angelots devant les invités. Que cela ne tienne, Learth n'avait jamais été plus heureux que dans ses jeux d'enfant où il pouvait être n'importe qui ou n'importe quoi sans subir le jugement impitoyable de sa famille.

Il rêvait souvent partir à l'aventure en compagnie d'une petite fille de son âge, de son aîné idéalisé qui revêtait une ridicule armure de bûcheron en fer blanc et de son frère cadet transformé en lion peureux. Il n'y avait que dans ses aventures imaginaires que le jeune garçon se sentait exister sur un pied d'égalité avec ses deux autres frères. Bien sûr, il ne l'avait jamais évoqué, ni même raconté à ses deux acolytes car il craignait trop les moqueries et le regard désapprobateur de ce père qu'il aurait tant aimé rendre fier. Ce dernier attendait beaucoup des études qu'il avait offert à son jeune fils, il espérait le voir avocat ou docteur dans les dix prochaines années pour éviter qu'il n’entache plus la réputation de sa famille. Mais le verdit fut sans appel, selon ses précepteurs, Learth n'était pas un irrécupérable rêveur mais un idiot qui était tout bonnement incapable d'apprendre quoi que ce soit. La nouvelle fit l'effet d'un coup de tonnerre, si bien, que Learth ne passa pas un seul jour sans entendre les surnoms railleurs donnés par ses frères ou les adjectifs dégradants par lesquels son père l'appelait ostensiblement depuis ce jour. Il aurait préféré une punition stricte ou entendre la voix grondante de son père le sermonner une bonne fois pour toute mais il avait le sentiment que quelque chose s'était cassé à l'intérieur de lui-même, qu'il ne parviendrait plus jamais à regagner l'estime de sa famille. Il n'avait pas seulement échoué, il avait déçue son père ou le centre du l'univers. Et tout ça pourquoi ? Parce qu'il n'avait pas de cerveau.

Les années passèrent sans plus de dégâts puisque le jeune adolescent avait eu la bonne idée d'apprendre à passer le plus inaperçu possible. Il mangeait peu, se levait tôt, aidait les ouvriers de son père à exécuter des tâches sommaires et ne répondait que par « oui » ou par « non » afin d'éviter d'exposer au monde entier sa stupidité. En rasant les murs et en agissant comme un parfait automate, il était sûr de ne pas déshonorer sa précieuse famille. Il n'avait pas été radicalement privé de toute affection puisque sa mère lui vouait encore un amour maternel inconditionnel qui s'exprimait par des sourires tendres et des petites attentions discrètes. Miss Straw aimait profondément ses trois fils et son mari. Elle était une épousé dévouée et docile qui ne contestait jamais les décisions de son mari. C'est pourquoi elle ne pouvait pas faire davantage pour l'exclusion de son fils qui comprenait très bien lui-même la douleur qu'elle devait ressentir en voyant sa famille se déchirer. Peut être n'était-il pas aussi sot que tout le monde veut bien lui faire croire, voulait elle lui dire à chaque fois que son regard maternel se posait sur les yeux tristes de son fils. Mais rien ne sortait.

Un beau jour, une opportunité en or se présenta. Du moins, c'est ce que Mr. Straw s'était figuré. Parmi ses trois rivaux, un seul constituait un ennemi de choix. Il n'était pas question de se mêler aux barons de l'électricité de North London, ce monde là ne lui appartenait pas, le patriarche était bien trop lucide pour savoir que les nobles n'accepteraient pas de recevoir de l'électricité de la part d'un vulgaire bourgeois. Il n'était pas non plus question de faire main mise sur South London car même les Straw avaient une réputation à préserver. En revanche, le visionnaire lorgnait sur les territoires de East London qui était sous le joug d'un vieil homme et de sa fille unique et célibataire. Un homme de cet âge là et sans enfant mâle devait certainement s’inquiéter de sa descendance. Ce qui tombait à pic puisque Mr. Straw possédait trois fils dont un cancre et des rêves d'expansion territoriaux. La semaine suivante, le patriarche s'apprêta afin d'aller faire une proposition que même un idiot ne pourrait refuser. L'idiot de la famille se sentit immédiatement menacé par cette drôle de visite car son père s'était montré plus clément que d'ordinaire à table. Il lui avait dit qu'en tant qu'homme, il était temps de prendre son destin en main. Learth n'avait pas très bien compris le sens de ces paroles, ni même ce soudain intérêt pour sa personne. Cela faisait plus d'un an maintenant qu'il se contentait d'être le plus transparent possible, à vérifier que son ombre n'en faisait à personne d'autre. Qu'est-ce qui avait changé ? Dans tous les cas, il lui sembla qu'être un homme devait être moins pénible que d'être un imbécile. Ça valait le coup d'essayer, puisqu'il avait perdu l'estime de sa famille, il pensait ne plus rien avoir à perdre.

Les négociations avaient été encore plus faciles que tout ce que Mr. Straw avait pu imaginer. Son vieil ennemi, devenu son ami par la force des choses, l'avait accueilli à bras ouverts. Céder la moitié de son territoire et de ses clients lui semblait une bagatelle face à la proposition de son confrère. Les Straw n'étaient pas nobles mais ils ne manquaient de rien, ce qui serait parfait pour sa précieuse Dorothy. Le vieil homme se moquait bien de perdre une partie de son confort personnel si cela pouvait lui permettre d'avoir une descendance et de mettre sa fille unique à l’abri du besoin. Et il n'était plus question d'héritage car il était tout bonnement inconcevable de laisser une entreprise aux mains d'une jeune femme. Le contrat stipulait que Mr. Straw serait propriétaire de la moitié du territoire de East London et qu'il échoirait de la totalité du territoire à la mort de son actuel propriétaire en échange du mariage et de la protection de sa fille unique. Mr. Straw se frottait les mains, ses rêves professionnels allaient enfin se concrétiser et il n'aurait plus à subir le déshonneur d'un fils bon à rien. Il n'était pas question de marier l'aîné qui en plus d'avoir hérité d'un cœur de pierre qui le rendait odieux avec les femmes serait la successeur de son affaire. Quant au cadet, un peu trop jeune et peureux, il était un bien trop bon orateur zélé pour se gâcher dans un mariage d'affaire. Il comptait sur lui pour gravir les échelons sociaux et faire un beau mariage comme lui avait pu le faire. Il ne restait plus que Learth, inapte aux études et inapte au travail à cause de sa carrure bien trop frêle. Il n'y avait plus qu'à espérer que ce dernier se montre galant homme.

C'est ainsi que Learth fit la connaissance de celle qui devait être son épouse l'été prochain, une jeune femme dont il finit par apprécier la compagnie en dépit de sa méfiance. Dorothy était une femme généreuse qui aurait sûrement fait une bonne épouse si elle n'avait pas des aspirations aussi saugrenues pour une lady. Learth se souvenait l'entendre parler pendant des heures d'articles scientifiques et d'autres progrès de la médecine. Bien entendu, il n'y comprenait rien mais Dorothy était peut être une des seules personnes de son entourage à ne pas le prendre pour un imbécile alors il ne l'aurait coupé dans ses récits pour rien au monde. Souvent, elle lui parlait de ce rêve avorté qu'elle caressait depuis sa tendre enfance. Celui qui faisait d'elle un grand médecin qui s'évertuait à trouver des remèdes contre les sinistres maladies qui dévastaient l'Angleterre. Comme la tuberculose qui l'avait privé prématurément de l'amour d'une mère. Mais elle n'était qu'une femme, destinée à se marier à un idiot et à engendrer une progéniture. Learth se sentait désolé pour la jeune femme qui ne méritait pas un tel destin à ses yeux. Contrairement à lui, elle était si brillante, si intelligente et encore pleine de rêves. Il y a bien longtemps que Learth avait oublié ces histoires d'aventure faites de bûcheron en fer blanc et de lion peureux, celles qui lui laissaient un arrière goût d'espoir dans la bouche. Mais pour Dorothy c'était différent, elle méritait plus qu'un idiot. C'est pourquoi Learth décida de faire la chose la plus stupide qui lui a été donnée de faire : il allait aider Dorothy à s'enfuir afin qu'elle réalise son rêve. Il savait qu'une telle décision allait attirer les foudres de son père et décevoir une fois de plus cette si parfaite famille. Mais n'avait-il pas déjà atteint le point de non retour ? Ne restait-il pas au fond de lui un brin de fierté qui le poussait à s'opposer au patriarche ? Pouvait-il être considéré comme un homme plutôt qu'un sot après avoir « pris en main son destin » comme le sous-entendait son père ? Ces questions arrachèrent un rire amer à Learth, il avait déjà perdu l'estime des siens alors il n'avait désormais plus rien à perdre. Son sacrifice n'était pas vain il permettrait de rendre au moins une personne heureuse, une personne qui méritait d'être heureuse contrairement à lui.

Mr. Straw, lui, ne rit pas. Parmi toutes les stupidités de son fils, celle-ci était incontestablement la plus impardonnable. Il avait bafoué l'honneur de sa famille pour rendre une parfaite inconnue « heureuse ». A quel point fallait-il être sot pour rater sa seule opportunité de rédemption ? Learth n'était plus seulement un idiot aux yeux de son père, il était devenu un paria. Mr. Straw qui avait travaillé d'arrache-pied pour faire prospérer ses richesses et sa famille se faisait mettre des bâtons dans les roues par son propre fils. C'était plus qu'il ne pouvait le supporter. Learth n'était plus cet imbécile qui embarrassait ses invités à table mais une ombre calamiteuse qui menaçait d'emporter toute sa famille dans sa chute. Il devait donc prendre une décision pour le bien de sa petite communauté et c'est avec une froideur déconcertante qu'il bannit son propre fils de son foyer. Learth se souvenait de l'immense chagrin et de l'incompatible soulagement qui l'avait submergé suite à cette sentence. Il avait été maître de son destin pour quelques heures avant d'être dépouillé d'une part de son identité. Sa mère avait beaucoup pleuré mais elle était une si bonne épouse. Alors Learth se retourna une dernière fois sur le spectre de son passé, cette immense demeure aux murs fraîchement repeins. Dieu sait qu'il avait souhaité de tout son cœur rendre fier ce père insatiable et qu'il voulait un jour voir les étoiles briller dans les yeux de sa mère. Mais Learth savait que cela n'arriverait plus jamais, il avait échoué dans sa quête. Il n'aurait jamais de cerveau aux yeux de sa famille.

Les premiers mois d'errance avaient été plus pénibles qu'escomptés. Même avec son appétit d'oiseau, Learth ne parvenait pas toujours à se nourrir quotidiennement. Pour subvenir à ses besoins vitaux, il réparait ou assemblait des petites pièces mécaniques pour quelques badauds qui profitaient du marché noir pour payer des services à moindre coût. Le bénéfice étant plutôt modeste et les clients rares, Learth fut contraint de profiter à son tour du marché et de sa foule pour subtiliser quelques bourses et voler quelques denrées. Il n'était pas vraiment fier de ses actes mais ne se sentait pas particulièrement honteux pour autant. La honte d'avoir été renié par sa famille dominait tout le reste. Voler quelques oisifs lui semblait bien trivial à côté de sa déchéance. Mais il arrive parfois que la chance sourit aux imbéciles, même si Learth était bien trop désinvolte pour le reconnaître. Son gagne-pain -aussi dérisoire soit-il- n'était pas passé inaperçu auprès d'un certain quidam qui lui adressa la parole ce jour-là.

« Bien le bonjour, monsieur. » avait-il embrayé en enlevant son chapeau. Learth avait immédiatement pensé que l'énergumène se moquait de lui avec ses bonnes manières et pourtant il ne distinguait aucun sourire narquois pour fendre son visage. « Je m'étais rendu au marché dans l'espoir de dénicher quelques pièces rares, et ma foi, je ne suis pas déçu ! »

Learth regardait ses mains gantées et les quelques pièces rouillées qui roulaient sur ses paumes d'un air perplexe. Il avait beau examiner les débris, il savait que rien n'avait de la valeur. Il leva des yeux interrogateurs vers ce drôle de client et haussa les épaules. « Alors on vous a très certainement menti. Je ne fais que réparer ce qu'on me donne, il n'y a rien qui a de la valeur ici. »

« Mais bien au contraire cher ami, vous avez des doigts habiles et une honnêteté qui sied à un commerçant. Venez me rendre visite à la boutique un de ces jours, nous pourrions éventuellement mettre ces qualités à profit. »

Learth n'était pas bien sûr de pouvoir se réjouir d'une telle rencontre. L'inconnu avait été plutôt enthousiaste mais qu'en serait-il une fois qu'il aurait découvert à quel idiot il avait à faire ? Le vagabond avait hésité à accepter l'invitation et pourtant la semaine suivante il poussa la porte de l'horlogerie que lui avait désigné ce renard de beau parleur. Il fut immédiatement happé par la finesse et la beauté des rouages qui tournaient mécaniquement dans les horloges exposées de part et d'autre du magasin.

« Ah, je suis heureux que vous vous soyez enfin décidé. Je commençais à croire que l'air de South London vous était agréable. » avait-il déclaré en guise de bienvenue avec un sourire affable.

« Pas plus qu'ailleurs je suppose. » répondit le vagabond bien décidé à ne pas se laisser intimider.

« Parfait. Alors vous ne verrez pas d’inconvénient à devoir respirer celui de ma boutique pendant quelques temps ? »

Learth ne pu cacher sa surprise qui se transforma aussitôt en méfiance.
« Je ne suis pas sûr de comprendre. Pourquoi solliciter les services d'un prestidigitateur des rues plutôt que ceux d'un professionnel ? »

« Parce que ceux-là sont du genre à vous manger dans la main pour mieux vous dévorer le bras. Je ne compte pas céder ma boutique à un parvenu qui se croirait en droit de faire la main mise sur le fruit de mon labeur. Cette horlogerie est une partie de moi-même alors il est tout bonnement hors de question de la céder à qui que ce soit. Elle est née de ma main, elle mourra de ma main. J'ai vu chez vous du potentiel et un manque d'ambition qui sied parfaitement à mes attentes. »

Learth se baladait d'un pas tranquille dans la boutique, il ne faisait aucun effort pour paraître plus poli qu'il ne l'était. Il fit rouler entre ses doigts un rouage en cuivre, une pièce particulièrement précieuse qu'il n'avait jamais encore eu l'occasion de manipuler. Après avoir reposé le bel objet à sa place, il ne prit même pas la peine de se retourner franchement vers son interlocuteur.

« Je ne suis pas de ceux qui héritent, je vous l'accorde. » maugréa t-il avec une pointe d'amertume en pensant aux Straw confortablement installés dans la demeure familiale. « Mais je pourrais toujours décider de vous voler avant de disparaître. »

« Ou du moins vous pouvez toujours essayez, le choix vous appartient. » répondit immédiatement le renard avec un sourire carnassier.

L'offre était étrange mais Learth se sentait d'humeur assez stupide pour accepter une proposition aussi saugrenue. Travailler dans cette horlogerie et cela même avec une compensation financière dérisoire (comme on pouvait s'y attendre d'un apprenti sans qualification) lui semblait terriblement stimulant. Il espérait sottement qu'un jour il montrerait à la face du monde qu'on pouvait avoir de la valeur même sans avoir de cerveau.


IV. DERRIÈRE L'ECRAN.

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FICHE PAR FALLEN SWALLOW



Dernière édition par Learth Straw le Lun 28 Déc - 15:11, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: « I shall ask for brains instead of a heart; for a fool would not know what to do with a heart if he had one. »  Sam 26 Déc - 17:06

Bienvenue à ce nouveau perso ! J'ai hâte de voir ce que tu nous réserves mais je suis déjà toute excitée d'avoir un personnage du Magicien d'Oz parmi nous ! :wiii:

Bon courage pour la suite !
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The Cheshire Cat
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MessageSujet: Re: « I shall ask for brains instead of a heart; for a fool would not know what to do with a heart if he had one. »  Sam 26 Déc - 19:42

*lance des bouts de pain sur la boite de la honte*

Anw, il a l'air cool ce p'tit gars là ! Je suis curieux de voir ce que ça va donner :3

_______________________________________________________
Cliquez et votez, merci :)
                 
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MessageSujet: Re: « I shall ask for brains instead of a heart; for a fool would not know what to do with a heart if he had one. »  Sam 26 Déc - 20:56

Re-bienvenue ~

Chouette début de fiche ! Comme Wendy, je suis heureux de voir débarquer un perso' du Magicien d'Oz *-* j'ai vraiment hâte de lire la suite !

(Je ne mets pas en doute ta connaissance du règlement, mais n'oublie pas de le signer une seconde fois ♥)
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MessageSujet: Re: « I shall ask for brains instead of a heart; for a fool would not know what to do with a heart if he had one. »  Sam 26 Déc - 21:10

Je suis jalousie de ta boîte, moi!
Re-bienvenue, en tout cas. èwé
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MessageSujet: Re: « I shall ask for brains instead of a heart; for a fool would not know what to do with a heart if he had one. »  Lun 28 Déc - 15:26

Merci les coupains ! :wiii:

Chester au grand cœur qui nourrit les malotrus, quel altruisme !
Et ne sois pas jalouse Valentine, il y a de la place dans cette boîte.
Plus on est de fous, plus on rit.
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MessageSujet: Re: « I shall ask for brains instead of a heart; for a fool would not know what to do with a heart if he had one. »  Lun 28 Déc - 16:56

Je...MAGICIEN D'OZ! Q^Q L'ÉPOUVANTAIL! <3
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The Cheshire Cat
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MessageSujet: Re: « I shall ask for brains instead of a heart; for a fool would not know what to do with a heart if he had one. »  Lun 28 Déc - 18:30



Tu es validé !



— Ça semblait évident, tant tu écris bien en gardant toujours une parfaite cohérence ~
Ce fut très agréable à lire et j'ai adoré ton parallèle avec la réincarnation !
Je n'ai jamais été très attiré par l'histoire du magicien d'Oz, mais de toutes les adaptations que j'ai vues, j'ai souvenir que l'épouvantail est celui qui me touche le plus. En lisant ton histoire, ça a été le cas pour Learth, que demander de plus x)

Tu es le premier membre que j'ai validé sur ce forum et maintenant je te revalide ♥ Oui, j'avais envie de le dire, parce que c'est beau.

Amuse-toi bien :)  —


Tu peux maintenant aller rp sur le forum ainsi que sur la chatbox (sans en abuser). N'oublie surtout pas d'aller tout de suite réserver ton avatar, afin d'être unique en ton genre. Nous nous occupons d'ajouter automatiquement sur la liste l'origine de ton personnage s'il est réincarnation.
Si tu n'as pas encore de partenaire(s) en vue, tu peux faire une recherche rp et/ou de liens. Ensuite, tu peux créer une fiche de lien pour gérer tous tes nouveaux copains. Puis, si besoin, tu peux demander un logement quand tu seras bien lancé(e), et enfin mais surtout, si tu as des suggestions ou des questions, n'hésite pas à contacter l'administration.

Amuse-toi bien !

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MessageSujet: Re: « I shall ask for brains instead of a heart; for a fool would not know what to do with a heart if he had one. »  Lun 28 Déc - 18:52

Oh merci beaucoup Chester, ça me touche vraiment !
Continuez de faire du bon boulot comme ça, j'vous aime. éè
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MessageSujet: Re: « I shall ask for brains instead of a heart; for a fool would not know what to do with a heart if he had one. »  

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« I shall ask for brains instead of a heart; for a fool would not know what to do with a heart if he had one. »

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