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 De folie et de miel...

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MessageSujet: De folie et de miel...  Mer 10 Aoû - 21:59



   
I. Leonard Dashwood.

   

    • NOM : Dashwood
    • PRÉNOM : Leonard, Henry
    • NATIONALITÉ : Anglais
    • ÂGE : 23 ans
    • SEXE : Masculin
    • ÉTAT CIVIL : Marié
    • MÉTIER : Héritier des confiseries Dashwood
    • SITUATION FINANCIÈRE : Confortable
    • OCCUPATIONS/PASSIONS : les bals et les réceptions, exhiber sa femme, la littérature, l’opéra, habiller sa femme, la chasse, l’aviron, fumer la pipe et diriger les moindres faits et gestes de sa femme
    • GROUPE : Contes
    • HISTOIRE D'ORIGINE : La sorcière – Hansel et Gretel


   
II. LES DESCRIPTIONS.


   
Jamais si vile matière…


   
Distingué • Cruel • Ambitieux  • Manipulateur • Tyrannique • Violent


   
Difficile d’être plus exquis que Leonard en société. Avenant, poli, doté des meilleures manières et d’un esprit raffiné, ses origines bourgeoises ne sont un handicap que pour ceux qui ne l’apprécient pas. Dynamique et courtois, son goût pour la chasse et le sport, la politique et le commerce, le tabac et le brandy de qualité en font un compagnon agréable pour nombre de messieurs distingués malgré son jeune âge. Galant et cultivé, son intérêt pour la littérature et la musique, les promenades et les bals, l’opéra et le thé citronné le rendent des plus aimables aux dames, dont certaines regrettent presque qu’il soit déjà marié. Presque, car il forme un si beau couple avec son épouse. Il se montre avec elle si prévenant, si délicat, si épris enfin qu’il ne fait aucun doute qu’ils sont le plus heureux ménage de tout Londres. Oui vraiment, difficile de lui trouver le moindre défaut, à ce Monsieur Dashwood. Et pourtant…

Il n’y a pas à chercher bien loin derrière sa surface mielleuse pour trouver flammes et ténèbres. Sous ses dehors irréprochables, Leonard est un ennemi du monde, depuis longtemps dégoûté de ses semblables et de leur brillant vernis de faux-semblant. Il ne s’applique à se mêler hypocritement aux hautes sphères que parce que c’est à cette fin que ses parents l’ont dressé et qu’il éprouve une malsaine satisfaction à duper tous ces gens à leur propre jeu. Car en vérité, Léonard est un véritable loup parmi les agneaux. Froid, cruel et méprisant, c’est un tyran qui ne connaît pas la pitié et dans ses usines aussi bien que sa maisonnée, tout doit être conforme à sa volonté. Un seul manquement à la règle convoque aussitôt un châtiment brutal et sans appel. Ce qui échappe à son pouvoir le rend fou furieux. Même s’il parvient toujours à se retenir en public, c’est pour mieux se déchaîner en privé. Qu’elle soit physique ou non, la violence l’enivre et il éprouve une jouissance perverse à faire souffrir son prochain, comme en une juste vengeance de ses propres blessures et rancœurs. Cet appétit néfaste prend également corps dans sa fascination pour la beauté et l’innocence, qu’il finit invariablement par souiller et briser lorsqu’il s’en empare. A ce titre, méfiez-vous de la douceur et de la gentillesse qu’il est capable de manifester si vous éveillez son intérêt. Le miel de ses mots cache les affres du piège. Son épouse ne le sait que trop bien…

Tous les vices, tous les désirs, toutes les émotions les plus sombres et les plus passionnées de Leonard sont cristallisés en sa femme. Chacun de ses regards, chacune de ses pensées sont tournés vers elle. Lui-même ne saurait pas mettre de mot sur ce qu’il éprouve, mais tous ses sentiments à son égard se caractérisent par leur démesure. Il l’exhibe comme une parure précieuse lors des soirées mondaines, mais voudrait de toute son âme la garder recluse, rien que pour lui, comme un joyau dans son écrin. Il l’ignore et la rudoie continuellement lorsqu’ils sont tous les deux, mais s’applique à contrôler ses moindres faits et gestes par l’intermède de ses domestiques les plus dévoués, de son habillement à ses fréquentations. Il la désire ardemment, d’une faim sensuelle et sauvage qui confine à la démence, mais ne la touche presque jamais, retenu par un pressentiment fugace qui l’empêche de l’approcher de trop près malgré le plaisir qu’il éprouve à la marquer de son empreinte, dans la violence comme dans les draps. Il l’aime d’un amour monstrueux, à en perdre la raison, mais serait prêt à la tuer de ses mains si elle ne pouvait plus lui appartenir et y prendrait sans doute un plaisir certain…

Si Leonard a pu être bon autrefois, dans un passé révolu dont plus personne ne se souvient, il ne fait plus nul doute aujourd’hui que toute bienveillance n’est que cendres en son âme. Et lorsqu’un homme demeure aussi longtemps privé de lumière, chaque pas le rapproche d’une façon ou d’une autre du sein opiacé de la Folie la plus pure …


   
...N’habita plus belle reliure


   
Restons modeste. Il n’est pas non plus le plus bel éphèbe qui ait foulé cette Terre, loin s’en faut. Mais nul ne peut nier qu’il soit agréable à regarder. Du haut de ses 1m72, sa silhouette mince, bien entretenue par les exercices auxquels il se livre et toujours vêtu à la dernière mode de couleurs claires et bleutées, en harmonie avec son teint et ses yeux, il évolue élégamment, avec aisance et tranquillité dans les salons. La grâce de ses traits a de quoi surprendre sur un visage masculin, mais il a pris l’habitude de l’atténuer par son port de tête altier et le regard perçant de ses yeux bleus, dont la forme douce lui donne l’air mélancolique même lorsqu’il manifeste sa joie. Par fantaisie, il porte longs sur la nuque ses cheveux d’un blond lactescent. Ce n’est pas très à la mode chez les hommes mais il conserve cette longueur parce que le prince consort les a plus longs encore, et qu’il aime les sensations dans ses grandes mains aux doigts de pianiste quand il les lisse à la brillantine. Sur ce beau visage imberbe se succèdent les plus affables expressions, assorties à sa conversation éclairée et à son exquise politesse. Tel qu’on le voit ainsi, on ne peut se figurer qu’il soit autre chose que ce qu’il a l’air d’être, le charmant mondain, certes riche bourgeois, mais tout à fait membre de la bonne société. Et pourtant…

Hormis sa maisonnée, nul ne se doute que Leonard peut revêtir le masque d’un monstre. Dans l’intimité, son gracieux visage perd toute chaleur pour devenir fermé et dur. Seuls ses yeux conservent une trace de vie, mais quelle trace… le regard dément, le rictus cruel et les spasmes de violence qui agitent ses mains lors de ses accès de brutalité peuvent tous se lire dans l’éclat qu’arborent ses prunelles à l’azur trompeur, dont les nuances naguère si douces sont devenues coupantes comme le verre…

Mais le reste du monde n’a pas à s’inquiéter : le monstre qui sommeille en Leonard est bien gardé. Enclos dans la chair de son aimable résidence, c’est bien à l’avenant jeune homme que toujours vous sourirez…


   
III. L'HISTOIRE.


   
Dans ta bibliothèque, Leo, il y a un livre volé. Un vieux livre à la reliure de chevreau élimée qui se patine de poussière car voilà des années que tu ne l’as pas touché. C’est un exemplaire de la troisième édition des Contes de l’Enfance et du Foyer des frères Grimm qui appartenait à ton père, que tu as pris un jour dans son bureau et que tu n’as plus jamais remis en place. Pourtant, tu ne l’aimais pas beaucoup. Lorsque tu le lisais, tu le faisais sans plaisir et il te tombait bien vite des mains quand tu ne pouvais plus supporter toutes ces mièvreries d’animaux magiques, de fées marraines et d’enfants astucieux qui finissent tous heureux. D’aussi loin que tu t’en souviennes, tu as toujours trouvé injuste que ce soit sans cesse les mêmes personnages qui aient droit à la félicité, tandis que d’autres étaient irrémédiablement voués à la mort et au malheur. Les loups, les ogres, les sorcières… Secrètement, ton petit cœur espérait un jour les voir triompher, dévorer ces enfants horripilants ou ces princesses stupides à qui tout réussissait, et en toi germait alors ce qui pouvait s’apparenter à un ferment de pitié, mâtiné de rancœur. On serait bien incapable de deviner tout cela en feuilletant ce livre aujourd’hui. Car si on l’ouvrait, on serait d’abord frappé par le quinzième conte, dont le texte a été entièrement raturé.

Du titre au point final, une main tenace et acharnée a effacé sous l’encre d’un porte-plume la totalité des mots, ne laissant que les images. C’est toi, Leo, qui a fait cela. Tu t’en souviens ? Un jour de colère, tu as ouvert le livre, tu as saisi les pages et, comme tu n’as pu te résoudre à les arracher, tu t’es finalement contenter de rayer jusqu’au plus petit caractère, pour les supprimer du papier à défaut de ton esprit. Car ce conte, tu en connais encore chaque mot. Tu l’as lu et relu tant de fois d’affilée que tu as l’impression que l’encre a coulé dans ton sang et imprégné chaque parcelle de ton être de son récit. C’est pour ça que tu n’ouvres plus ce livre, que tu essaies de l’oublier même si c’est impossible. Ce conte, c’est Hansel et Gretel. Mais pour toi, Leo, c’est devenu sans que tu ne saches pourquoi la pire de toutes ces histoires. Et si tu as tenté d’effacer cette fable pour enfants à coups de porte-plume meurtrier, c’est parce que tu ne pouvais plus supporter ces deux personnages.

Pourtant, chaque fois que tu y songes, il n’y a pas de quoi leur vouer une telle haine. Ce ne sont que de simples héros de fiction et, du reste, vous n’avez rien en commun. Mais c’est sans doute de là que naît ton amertume. Après tout, on ne peut être jaloux que de ce l’on ne possède pas et, s’il y a une chose que la vie t’a apprise, c’est ô combien les plus douces apparences sont sans conteste les plus trompeuses. Comme bien souvent, il te suffit pour t’en convaincre de te réciter une nouvelle fois le conte abhorré, en miroir de ta propre histoire…

Hansel et Gretel sont les enfants d’un bûcheron vivant chichement dans la forêt. Son veuvage l’a conduit à se remarier avec une femme revêche et acariâtre qui ne porte pas les deux marmots dans son cœur, mais le frère et la sœur s’en accommodent. Ce sont de gentils enfants qui aident leur père au travail et se suffisent amplement l’un à l’autre.

Pour toi, Leo, pas de cabane dans les bois, de vêtements modestes ou de maigre pitance, car tu es l’héritier des confiseries Dashwood, qui inondent l’Angleterre de bonbons de toutes sortes depuis presque trente ans. Petit, on te faisait visiter l’immense usine et la boutique londonienne pleine de couleurs et d’odeurs de sucre en te répétant qu’un jour tu en serais le maître. Mais même si tu es né à l’abri du besoin, cette bonne fortune a pour prix d’être le seul à en jouir. Pas de frère ni de sœur pour jouer avec toi, partager tes secrets ou inventer des histoires. Pour cela, il faudrait que tes parents s’aiment, ou au moins que l’acte de procréer ne leur apparaisse pas comme un simple investissement. Mais pour Henry et Felicia Dashwood, le mariage n’a été qu’un moyen d’accroître la fortune et la respectabilité de leurs familles respectives, tout comme ta naissance ne servait qu’à asseoir leur pérennité. Sitôt passé l’âge critique où les enfants risquent la mort chaque hiver, il n’était plus nécessaire à leurs yeux de s’infliger la corvée d’engendrer de nouveau et de diviser le patrimoine. Peut-être est-ce pour cela que tu étais un bébé si difficile, qui ne semblait jamais s’arrêter de pleurer.

Hansel et Gretel sont astucieux et débrouillards malgré les épreuves. Quand ils surprennent une nuit leur belle-mère qui tente de convaincre leur père de les abandonner dans la forêt pour prévenir la famine qui menace, ils sortent ramasser de petits cailloux blancs brillant au clair de lune, avec lesquels ils jalonnent le chemin de retour à la maison. La femme est courroucée de les voir passer la porte comme si de rien n’était, mais le père les accueille avec joie, au moins jusqu’à ce que la faim les guette à nouveau. Lorsque la marâtre persuade alors son époux de perdre une nouvelle fois les enfants, en prenant soin ce coup-ci de verrouiller toutes les portes de la maison, le frère et la sœur émiettent le quignon de pain qu’on leur donne pour le déjeuner en accompagnant leurs parents au plus profond de la forêt. Sans penser que les oiseaux affamés sont là pour effacer le chemin…

Pour toi, Leo, pas de famine, de marâtre jalouse ou d’abandon dans les bois. Pour toi, le délaissement s’est fait dès le berceau. Tes parents ne te voient que comme celui qui reprendra le flambeau et qui, en attendant, leur doit la plus totale sujétion. Jamais dans ton enfance ils ne t’ont dit un mot affectueux, ne t’ont pris dans leurs bras ou ne se sont souciés de ce qui t’aurait fait plaisir. Ton rôle est de te tenir droit, de ne jamais salir tes habits, de ne dire que ce que l’on veut entendre de toi et de suivre à la lettre le papier à musique de ton éducation. Peu importe que les cours se succèdent et t’ennuient à mourir. Peu importe si tu n’as presque jamais l’occasion de t’amuser comme les enfants de ton âge. La seule chose qui compte est le parfait gentleman que tu dois devenir pour honorer ta famille. Cette absence de liberté t’a rendu mauvais. C’est dans l’espoir d’atténuer tes propres souffrances que tu tortures les petits animaux dans le jardin, ou que tu te montres cruel avec les autres enfants. Et aurais-tu le malheur de commettre le moindre faux pas venant briser la perfection dans laquelle on t’enferme, comme ces accès de violence auxquels tu te laisses aller pour exprimer ta détresse, tu serais remis sans la moindre pitié dans le droit chemin.

C’est ton père lui-même qui se charge de te punir, avec une baguette de jonc qui a laissé sur tes mollets et tes mains nombre de zébrures rouges et effilées, avivées par le sel de tes larmes. Depuis ce temps, tu ne peux plus lui parler qu’avec une froideur qu’il te rend sans vergogne, et une boule de rancune pesante dans l’estomac. Mais là où il était le bourreau, ta mère était sans conteste le juge. Combien de fois tes petites mains tremblantes ont imploré son pardon, ou tes yeux brillants recherché son estime lorsque tu t’efforçais de répondre à ses attentes ? Tu ne sais plus. Tu ne te remémores que l’échec de ces deux vaines demandes. Immolées sur l’autel de tes désillusions, de leurs cendres a émergé l’homme que tu es devenu : le gentleman conforme aux volontés de tes géniteurs, le cœur serpent sous un visage de fleur auquel ne manquait plus qu’une jolie parure.

Hansel et Gretel sont confiants et courageux, malgré leur mauvaise fortune. Lorsqu’il s’avère impossible de retrouver le chemin de leur maison, ils ne baissent pas les bras pour autant et s’enfoncent dans la forêt dans l’espoir de rencontrer une âme charitable qui pourra les aider. C’est ainsi qu’ils tombent sur une incroyable maisonnette, toute de pain d’épices et de confiseries, sur laquelle ils se précipitent, poussés par la faim. Ils y sont accueillis par une vieille femme qui se désole de leurs malheurs et les invite à entrer pour prendre un verre de lait. Les deux enfants acceptent innocemment, sans encore se douter que le piège se referme et qu’ils sont d’ores et déjà prisonniers d’une sorcière qui ne désire que les manger…

Pour toi, Leo, pas d’errance dans les bois, de traquenard perfide ou de maison de pain d’épices. Il y a bien longtemps que tu es toi-même captif d’une illusion sur mesure forgée de toute pièce, au point qu’à présent tu fais corps avec elle. S’il y a eu autrefois de la bonté en toi, nul doute qu’elle est morte, comme tant d’autres choses que tu aurais pu être. Aujourd’hui, tu es du côté de ceux qui tendent les pièges et tu regardes les proies s’approcher lentement, en leur souriant avec grâce. Comme par exemple les deux jeunes filles blondes et vives qui habitent dans le petit village du Surrey où les Dashwood ont acheté leur maison de vacances. C’est ici que tes parents entendent te trouver une épouse. Tu te rappelles clairement à l’époque t’être demandé pourquoi des bourgeois fortunés et obnubilés par le qu’en-dira-t-on souhaitent te marier à une paysanne plutôt qu’à une jeune femme du même rang que toi. Tu n’as jamais posé la question et tu en as conclu que c’est peut-être pour broder une histoire enchanteresse autour de votre futur couple en plaçant une Cendrillon à ton bras. Au fond, tu t’en moques. Tu observes tour à tour Hazel Tilney et Elinor Bramble en te demandant laquelle tu feras tomber dans tes filets. Ta mère te pousse vers Hazel, plus âgée, plus jolie, plus posée. Mais ton regard revient sans cesse sur Elinor.

Sa blondeur, son innocence, sa gaieté… tout en elle rayonne d’un éclat indéfinissable qui te frappe en plein cœur et te remue les entrailles comme si un nœud de serpents y avait trouvé refuge. Tu as beau n’avoir que quatorze ans, les émotions confuses qui s’éveillent en toi à sa vue n’ont rien de candide. Même si tu ne peux pas y mettre de nom véritable, il suffit que ton regard se pose sur elle pour que tu la désires. Tu t’arranges pour l’envelopper du réseau de tes allées et venues dans le village, tu lui réserves tes plus beaux sourires, tu ne parviens qu’avec peine à maintenir un semblant d’égalité entre elle et sa rivale. Tu t’efforces de contenter ta mère, mais c’est Elinor que tu as choisie. Tu la veux pour toi seul, sans rien ni personne pour s’immiscer entre vous, et t’empêcher de la briser. Oui, Leo. Tu as beau n’avoir que quatorze ans, tu ne désires sa beauté que pour pouvoir la détruire. Ton cœur est consumé par le désir de la posséder autant que par celui de lui faire du mal. Bien sûr, tu n’en as qu’à peine conscience, mais cela n’empêche pas cette certitude d’être gravée dans ton âme au fer rouge : un jour, elle sera tienne, toute entière, et plus encore. Elle sera ta chair, ton sang. Son corps et le tien ne connaîtront pas de frontières. Et tant pis si pour cela, tu dois d’abord la disloquer morceau par morceau, pour mieux imprégner chaque parcelle de son être de ton essence.

Mais au final, il ne sert pas à grand-chose de songer à tout cela, car il est plus vraisemblable que tu épouseras Hazel. Hazel qui, passée la finesse de ses traits, t’inspire à peine plus que de l’indifférence et que tu feras souffrir sans plaisir, avant de t’en désintéresser complètement. C’est ce que tu te dis jusqu’à ce que s’opère le drame…

Hansel et Gretel sont tenaces et patients. Lorsque la sorcière révèle sa vraie nature, emprisonne le frère et utilise la sœur comme esclave, là encore ils ne se laissent pas abattre. Gretel accomplit toutes les tâches ménagères, prépare les nombreux mets destinés à engraisser le garçon et se contente des restes qu’on veut bien lui donner. Hansel rend vides les assiettes pleines qu’on lui donne, mais ne tend qu’un maigre os de poulet en lieu et place de son doigt quand la sorcière et sa mauvaise vue veulent vérifier qu’il fait correctement son lard, afin de gagner du temps. Ainsi, ils attendent leur heure, prêts à profiter du moindre faux pas. Et bien vite, ce dernier advient. La sorcière est lasse de ce maudit gamin qui mange et refuse de grossir. Elle décide de le dévorer malgré tout et charge Gretel d’allumer le four pour l’y faire rôtir, puis elle lui ordonne d’y prendre place elle-même pour vérifier qu’il est bien chaud. Le piège est grossier, il est vrai. La jeune fille le voit, tout comme elle y voit sa chance. Prétextant de ne savoir comment s’y prendre, elle oblige la vieille femme à venir lui montrer l’exemple et à se pencher pour passer la tête à l’intérieur du four. Et aussitôt, Gretel l’y pousse toute entière, referme la porte et abaisse le loquet.

Pour toi, Leo, pas de gavage, de corvées ménagères ou de mort horrible dans un four brûlant. Simplement un spectacle encore plus terrifiant que tout cela. Comment a-t-il commencé ? Où prennent leur source ces événements surréalistes qui ont, en quelques jours, bouleversé tant d’existences de façon irrémédiable ? Tu ne le sais pas. Tout cela bouillonnait depuis ton arrivée, de plus en plus férocement. Jalousie de femmes, rivalité de familles, avidité d’hommes… De ce creuset de passions corrompues émergea un jour l’élément déclencheur, lors d’une fête hivernale. Tu te souviens encore de la morsure de l’air glacé sur ton visage, du manteau gris que tu portais et du nuage de vapeur blanche qui s’échappait de ta bouche lorsque, au vu et au su de tous, Hazel Tilney accusa haut et fort Elinor Bramble d’aimer les femmes. Et si tu as oublié les termes exacts de cette dénonciation, c’est parce qu’ils ont étés effacés par le sombre éclat des braises qu’Elinor jeta en réponse au visage de sa délatrice.

Te rappelles-tu alors de l’expression de son visage ? Non, pas très bien. Mais en revanche, jusqu’à ta mort tu te souviendras du frémissement d’angoisse qui s’éleva dans ton cœur lorsqu’il te sembla soudain ouvrir une seconde paire de paupières et voir la jeune fille comme tu ne l’avais encore jamais vue. Pas comme si c’était la première fois, non. Bien au contraire, comme si un écho familier trouvait résonnance entre son âme et la tienne. Et alors qu’Hazel hurlait de douleur, qu’Elinor était soustraite aux regards et que tes parents s’empressaient de t’éloigner d’un tel scandale, toi, Leo, tu n’avais d’oreilles et d’yeux que pour cet étrange carillon issu d’un passé mystérieux qui te chuchotait toujours le même message.
Prends garde. Toi aussi, le feu te guette.

Tu avais tout juste quinze ans. Tu ignorais ce que cet avertissement signifiait et tu n’en comprenais même pas la nature. Cela te faisait un peu peur, mais tu ne pouvais te confier à quiconque. Et de toute manière, tu ne serais bientôt plus concerné par tout ceci car tes parents ne prendraient en aucun cas le risque de laisser cette infamie souiller de près ou de loin le nom des Dashwood. Ce n’était qu’une question de jours avant qu’ils ne t’annoncent que vous quittiez la région. Tu t’en accommodais car tu n’avais pas le choix, même si de longues heures durant le visage d’Elinor flotta devant tes yeux, auréolé de blond, tandis que tu demeurais dans ton lit à attendre le sommeil. Tu savais confusément que jamais personne ne te troublerait comme elle l’avait fait et tu en ressentais par avance une lassitude confinant à la dépression. À quoi bon, après tout… Jusqu’à ce que le destin se cabre à nouveau.

La rumeur vous atteignit à l’heure du thé, que vous preniez dans le jardin de la résidence. Elinor Bramble était innocente. L’accusation qui l’accablait ne trouvait source que dans la sorcellerie. Hazel Tilney y avait eu recours pour évincer sa rivale. De la stupeur et de l’agitation qui suivirent ces révélations, tu ne conserves que de vagues souvenirs, comme si tu ne les avais pas vraiment vécus, et c’est là la pure vérité. Toi et les tiens observiez le dénouement de l’affaire à distance respectueuse, tapis dans l’ombre de la maison. Et tout le temps que cela dura, tu écoutas, fasciné, l’étrange carillon dans ton cœur qui ne cessait de te mettre en garde. Jusqu’à la fin tu te berças de son pressentiment funeste. Lorsque tout le village fut retombé dans l’oubli de l’événement qui avait secoué son existence, que tes parents se demandaient ce qu’il convenait à présent de faire, tu te présentas à eux et tu leur demandas dans les formes les plus exquises l’autorisation de courtiser Elinor Bramble, en vue de l’épouser. Patiemment, tu enduras leur surprise, leurs réticences, leur refus même. Patiemment, humblement, tu les désarmas un par un. Parce que peu importait la rumeur, le scandale, le danger qu’il y avait à prendre pour femme un être capable de faire ce qu’Elinor avait fait. Peu importait tout cela. Elle éveillait en toi trop de sentiments contraires. Tu la voulais. Elle et aucune autre. Et ainsi en fut-il.

Hansel et Gretel sont récompensés pour leur vaillance face à l’adversité. Sur les cendres encore chaudes de la sorcière, après que ses cris abominables aient terminé de résonner dans la maison sucrée, ils pillent ses trésors et s’enfuient de nouveau sous le couvert des bois. Avec l’assistance d’un cygne, ils traversent la rivière et les nombreux taillis, et retournent chez eux pour partager leur butin avec leur père, demeuré seul après la mort de la marâtre. Et le conte se termine avec cette certitude : même si nul ne sait comment, les deux enfants vécurent heureux jusqu’à la fin des temps.

Pour toi, Leo, pas d’épilogue à l’histoire. Tout juste un nouveau chapitre. Tu es parvenu à accomplir tes sombres desseins. Tu t’es montré si charmant que ta promise est tombée d’elle-même dans tes bras. Un peu plus de deux ans plus tard, tu l’as épousée et tu es revenu à Londres avec elle à ton côté, dans le sillage de tes parents amplement satisfaits et surtout de ta mère prête à modeler sa belle-fille comme elle l’avait fait de toi. Car le conte de fées prenait fin pour Elinor Dashwood. Désormais, elle devait devenir en tout point conforme à ce que l’on attendait d’elle, par la force si nécessaire. Tu ne te souciais que peu de cela. Tu connaissais la science de ta famille en la matière et tu savais que ta nouvelle épouse se plierait bientôt à toutes les exigences pour espérer survivre. Pour ta part, tu étais désormais un gentleman accompli, tout prêt à faire son entrée dans le monde et à y gagner ta place, en usant de la colossale fortune des Dashwood et du lustre brillant de ton couple parfait. Mais au-delà des apparences que tu maintenais à tout prix, tout ce qui t’importait en réalité était de t’approprier enfin ce jouet tant convoité…

Elinor t’appartient. Même si tu l’exhibes fièrement à tous les yeux de la bonne société comme une poupée de porcelaine, elle n’est qu’à toi seul et tu as autorité sur tout ce qui la concerne. Elle ne peut contester ce fait et l’a appris à ses dépends. C’est toi qui décides de ses vêtements, de ses fréquentations lors des réceptions, de ses permissions de sortie, de ce qu’elle peut dire ou non. Le moindre écart, la moindre indiscipline est punie par tes soins. Tu mets tout en œuvre pour qu’elle ne vive que par toi, pour toi, comme c’est ton cas pour elle. Car oui, Leo, tu n’as pas changé depuis que tu l’as rencontrée. Le désir flou que tu ressentais à l’époque s’est mué en une faim dévorante, une fascination touchant au morbide à l’égard de ton épouse. Chaque regard, chaque pensée que tu tournes vers elle n’est empreint que de convoitise. Tu voudrais la posséder tout entière, l’absorber au fond de toi. Tu voudrais la fondre dans tes veines pour qu’elle voyage dans tous les recoins de ton corps, que chaque partie de toi soit saturée d’elle. Et même si tu n’en as pas conscience, que tu serais totalement incapable de mettre des mots sur ce phénomène, dans les replis de ce désir tordu fermente un germe d’amour. Un amour monstrueux et malsain qui grandit dans les ténèbres de ton cœur, mâtiné d’amertume et de rage, nourri de ton désir tyrannique, de ta cruauté et de cette curieuse familiarité que tu ressens toujours entre elle et toi. L’étrange musique désaccordée qui résonne entre vous et qui t’empêche de la toucher.

Car si furieuses soient tes envies, tu te montres en réalité glacial avec elle. Jamais tu ne cherches son contact lorsque vous êtes à l’abri des regards et tu n’as que des reproches ou des menaces à lui adresser. Lorsqu’il t’arrive de la frapper, même si tu savoures sensuellement chaque marque sur sa peau et toutes ses expressions apeurées, tu te contentes du minimum et t’appliques à ne viser que les endroits invisibles. Quelques soient les pulsions violentes et affamées qui couvent en ton âme, toujours te retiennent la mise en garde d’autrefois et les cris désespérés d’Hazel Tilney, qui te rappellent le péril qu’il y aurait à sous-estimer ta femme. C’est cela, plus que les portes fermées qu’elle t’oppose des heures durant, qui finissent par te faire tourner les talons lorsque tu te présentes à sa chambre pour jouir de tes prérogatives d’époux. Pour le moment, du moins. Tu ne l’avoueras jamais, mais ces refus te blessent dans ton orgueil. Tu es meurtri de la voir te résister encore, de ne plus lire dans son regard l’adoration qu’elle te vouait lorsque tu la courtisais. Tu lui en veux pour cette rébellion et secrètement, tu voudrais la briser jusqu’à ce qu’elle ne se connaisse plus, qu’elle ne connaisse que toi et qu’elle t’aime comme autrefois. Et un jour, rien ne t’empêchera plus de commettre cette erreur.

Oui, Leo. Un jour, toi aussi tu t’approcheras du four et si tu n’y prends pas garde, le feu te consumera à nouveau …


   
IV. DERRIÈRE L'ECRAN.

   
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MessageSujet: Re: De folie et de miel...  Mer 10 Aoû - 22:30

Rebienvenue ♥

Et bravo pour ce duo avec Elinor, j'aime bien voir des projets se former comme ça :) !

Je m'occupe de ta fiche au plus tard demain ^^

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Cliquez et votez, merci :)
                 
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MessageSujet: Re: De folie et de miel...  Mer 10 Aoû - 23:21

Someone help me :bouh:

(La joueuse sadique à côté : )
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MessageSujet: Re: De folie et de miel...  Mer 10 Aoû - 23:29

Ah ouais t'es pas du tout une ninja de la fiche toi... XD !!

Re-bienvenue en tout cas 8D !
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MessageSujet: Re: De folie et de miel...  Jeu 11 Aoû - 0:34


Tu es validé !



— Finalement je n'ai pas pu m'empêcher de lire ta fiche ce soir, avant d'aller me coucher. Je me souviens que l'histoire d'Elinor est une des plus inventives que j'ai pu valider, ou en tout cas je me souviens m'être dit que j'adorerais la voir en scénario dans un film xD, et j'suis content de lire une autre version, un autre point de vu de ce qui s'est passé. C'est franchement bien !

Ajoutons à cela le fait que c'est un réel plaisir de te lire et que tu arrives toujours autant à nous plonger dans une ambiance victorienne (je ne sais pas comment tu fais ça °-° ) et à respecter le contexte, et je n'ai rien à redire ♥

Bon amusement    —


Tu peux maintenant aller rp sur le forum ainsi que sur la chatbox (sans en abuser). N'oublie surtout pas d'aller tout de suite réserver ton avatar, afin d'être unique en ton genre. Nous nous occupons d'ajouter automatiquement sur la liste l'origine de ton personnage s'il est réincarnation.
Si tu n'as pas encore de partenaire(s) en vue, tu peux faire une recherche rp et/ou de liens. Ensuite, tu peux créer une fiche de lien pour gérer tous tes nouveaux copains. Puis, si besoin, tu peux demander un logement quand tu seras bien lancé(e). Tu as la possibilité t'inscrire sur la liste des métiers si tu es commerçant(e) ou médecin. Si tu fais parti d'un organisme particulier, comme par exemple Scotland Yard ou le Palais des Fleurs, tu y seras ajouté automatiquement.
Et enfin mais surtout, si tu as des suggestions ou des questions, n'hésite pas à contacter l'administration.

Amuse-toi bien !

Le staff ~




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MessageSujet: Re: De folie et de miel...  Jeu 11 Aoû - 6:59

Ohlàlàlà, j'aime tellement. Je crois que même moi je n'ai jamais atteint un tel niveau de cruauté avec Greta. Remarque, ce sera peut-être possible avec Gaudéric, si jamais lui et Léo se rencontrent !

:wouah: :wouah: :wouah:
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MessageSujet: Re: De folie et de miel...  Jeu 11 Aoû - 9:41

Elinor : Chériiiiiiiie, j'suis rentréééééé
Merci infiniment pour m'avoir accordé ce cher Leo, pour avoir répondu à toutes mes questions et pour ta patience angélique x)

Willy : Merci beaucoup ! Ce que tu ne sais pas, c'est qu'elle est en préparation depuis au moins deux mois XD *disparait dans un nuage de fumée*

Gaudéric : Prince ! J'suis votre plus grand fan ! Quand je s'rai grand, j'veux être comme vous !
Merci beaucoup à toi aussi, et bien entendu je serai toujours ouvert à un rp avec toi, ou Greta, ou même Wendy (mais la pauvre, elle qui vient de se fiancer à Niklaus, ce serait vraiment pas de bol de retomber aussi vite sur un timbré pareil...)

Chester : Woaaah, merci, ça fait vraiment plaisir >w< en matière d'ambiance victorienne, Jane Austen est ma maîtresse quasiment en tout point ! Le reste vient des tréfonds de mon cerveau malade

Merci à vous pour votre accueil chaleureux et vos compliments ! Je ferai tout ce qu'il faut pour que mes futurs rps soient à la hauteur de la fiche ! Au plaisir de vous croiser en rp :mouton:
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